120 battements par minute, séance de rattrapage

   120  battements par minute est le troisième long-métrage du réalisateur Robin Campillo, sorti en salles le 23 août 2017 mais projeté pour la première fois le 20 mai à l’occasion du Festival de Cannes. Aujourd’hui, Radio Campus Avignon retient son souffle pour vous en parler!

   Vous en avez probablement entendu parler, mais peut être êtes vous de ceux à qui il a seulement chatouillé l’oreille. Pour vous faire une idée, voilà la bande annonce. Et ci-dessous c’est pour vous convaincre par les mots !

Arnaud Valois, Adèle Haenel et Nahuel Pérez Biscayart - Photocall du film "120 battements par minute" lors du 70ème Festival International du Film de Cannes, France, le 20 mai 2017. © Borde-Jacovides-Moreau/Bestimage

Les membres du casting: Arnaud Valois, Adèle Haenel et Nahuel Perez Biscayart

 

Synopsis 
La rage de vivre, la rage de vaincre: ce sont les mots d’ordre des séropositifs et séronégatifs qui, quoi qu’il arrive se confondent et militent ensemble au sein d’Act Up-Paris, association activiste engagée contre le sida dans les années 90. La maladie touche et emporte depuis quelques années de nombreuses personnes, surtout celles n’entrant pas dans les normes. C’est le cas de Sean, malade médical, et de Nathan, malade d’amour pour lui. Une lutte et un déferlement d’émotions se jouent. Une vie plus intense, plus forte… Une vie à 120 battements par minute.

   Les thématiques sont précises et sérieuses. Si vous n’avez pas vu le film, la séance de rattrapage est obligatoire et encore possible à Utopia Manutention jusqu’au 25 octobre. Dans tout les cas, pourquoi on a aimé ? Le délai fut long on vous l’accorde : il a fallu du temps pour nous en remettre.

   Etre primé au festival de Cannes s’apparente à l’ultime gage de qualité. Ce qui tombe bien, c’est que 120Bpm n’a pas fait que partie de la sélection, mais l’a été à hauteur de deux prix. Le Grand prix et le Queer Palm, un titre très significatif. En 2017, voir un tel film traitant de sujets tels que l’homosexualité nous donne une bouffée d’air frais. Ainsi que de cette maladie qu’est le sida qui était autrefois tabou, et des scènes de sexe (nous y reviendront) qui ne sont pas mises de coté, mais au contraire projetées sur le devant de la scène. On l’aime de prime abord car c’est un film récompensé, mais en notre sens, tout cela est mérité.

   Parlons concrètement. Si la bande annonce nous a fortement fait effet, on ne s’attendait pas à une telle surprise. Dans un premier temps les aspects associatif et militant prennent beaucoup de place, ce qui fausse notre première pensée qui était la suivante : le cœur du film basé sur les histoires internes des personnages faisant de lui un film queer traitant de la maladie, et sans plus. Que nenni! Il n’est pas seulement contemplatif, il nous plonge au cœur d’une réelle lutte de tous les instants contre le sida que l’on (re)découvre de ces façons: profond et explicatif. Rendant le film encore plus bouleversant et qui permet de mesurer à leur juste échelle les souffrances et la difficulté des personnages pour qui l’on développe une réelle attache.

   Ils sont d’ailleurs uniques; le film aurait pu ne pas avoir sa dimension dramatique si on ne comptait que sur leur énergie et leur force de vivre détonante. Deux autres « acteurs » viennent perturber cet équilibre sous la forme du sida personnifié et d’Act Up qui le combat: ils sont à eux deux, de véritables personnages à part entière qui se répondent constamment. Ce qui donne des scènes intenses, justes et parfois brutes interprétées avec brio par les acteurs, dont Adèle Haenel (Sophie) (vu dans Les Combattants de Thomas Cailley) et les révélations des acteurs principaux Nahuel Pérez Biscayart et Arnaud Valois, respectivement Sean et Nathan. Cependant, certains personnages ont été laissés de coté pour mieux se recentrer.

 Qu’importe, le tout reste un véritable hommage sur ces années où le sida ravageait les communautés jeune ou marginalisé dans un silence médiatique contre lequel Act’Up faisait front.

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Sean et Nathan dans une scène phare,  leur premier baiser.

   Entre des scènes agitées de sensualité et des scènes douces de poésie au ton bien choisi, nous pourrions y trouver quelques longueurs. Cependant celles-ci finissent par nous happer : des moments nous remuent, puis d’un coup, retombent…  A l’image du fonctionnement de la maladie. D’autres pourraient trouver le temps long quand les scènes de sexe homosexuelles surgissent : elles sont explicites, soyez prévenu, sauf que cette intimité peu représentée d’habitude est très pertinente, d’autant plus que les plans sont bien tournés, sans artifices et surtout sans maladresses dans sa représentation ce qui est malheureusement le cas dans de nombreux films LGBT+. Il faut dire que  Robin Campillo n’en est pas à son premier coup d’essai dans cette thématique puisque il avait déjà réalisé le film Eastern Boys, dont le compositeur Arnaud Rebotini a aussi signé  les musiques très électro/house de 120 bpm donc la bande originale. Le film trouve dans les choix de Rebotini une résonance particulière, audacieuse et appropriée.

   Cet article a d’ailleurs été rédigé avec l’intégralité des musiques de 120 Bbpm dans les oreilles; nous conseillons de toute part ce magnifique coup de cœur ET au cœur.
Et ici, un remix de Smalltown Boy de Bronski Beat pour notre plus grand plaisir!

Emilie GRASSO

La rédaction

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