A Ghost Story, histoire du temps qui passe

A peine sorti le 20 décembre dernier, A Ghost story vient tout juste de marquer les esprits de nos journalistes de Radio Campus Avignon ! Réalisé par David Lowery, ce long métrage tient toutes ses promesses… Explications.

“Puis vient le jour des révélations de l’Apocalypse, où l’on comprend qu’on est maudit, et misérable, et aveugle, et nu et alors, fantôme funeste et dolent, il ne reste qu’à traverser les cauchemars de cette vie en claquant des dents.” –  Jack Kerouac.

 

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Image extraite du film: plan central sur le fantôme

Synopsis :

Après le décès subit d’un homme en voiture, son esprit revient sous la forme d’un « fantôme », affublé d’un drap blanc. C’est alors qu’il va commencer à rendre visite à sa femme, veuve, et victime du temps qui passe. Le fantôme est devenu un simple spectateur de cette ancienne vie, provoquant ainsi des questionnements sur le temps et la mémoire.

Le cinéma est un art qui transcende le spectateur ; et si tel est sa définition, alors elle n’a jamais été aussi bien représentée que dans le film de David Lowery : A Ghost Story. Suivant l’histoire de C (joué par Casey Affleck), un jeune homme décédant des suites d’un accident et qui, sous une forme fantomatique, revient hanter la maison ou il a passé une partie de sa vie en compagnie de sa femme (l’excellente Rooney Mara) ; ce long métrage, prix du jury au dernier festival de Deauville, détonne autant qu’il séduit.

De part de sa mise scène: à la fois minimaliste et complexe ; mais aussi de son objectif de prise de vue resserrant l’image, comme si le spectateur était pris, inexorablement, dans un souvenir.

D’autre part de son atmosphère brumeuse et sombre d’un lyrisme poétique, et de l’aspect contemplatif des scènes.  Mais également de part le choix des costumes : le fantôme n’étant représenté que par un drap blanc avec deux trous noirs pour les yeux, déambulant dans les couloirs de sa maison qu’il commence à ne plus reconnaître. C n’en prend pas conscience, mais le temps passe, fatalement, et celle pour qui il est resté s’en va, ainsi est le sens de la vie. C est alors coincé dans ce petit monde, en attendant le retour de celle qu’il avait aimé dans une autre vie, voyant cette endroit se vider et se remplir de nouvelles personnes, traversant les époques. C n’est même plus spectateur du monde, il avance plus qu’il n’observe, attendant, encore et encore. Car c’est bien là le sujet du film : le temps.

Le temps passe, les choses finissent par disparaître pour laisser place à un renouveau. Il n’est ni figé, ni en action ; il est incertain. Et c’est cette incertitude qui pousse alors C à rester et à attendre, à voir que le monde continue de tourner, que le chagrin mène à la joie, que nous ne sommes pas éternels. La solution pour C n’est pas, alors, de revoir sa femme, mais d’accepter cette réalité pour pouvoir partir en paix.

Questionnant le sens de l’existence, ce film est bien plus qu’un “film de fantôme”. Il offre une profonde réflexion mélancolique sur  l’importance de notre place dans le monde.  Véritable ode poétique, le film de David Lowery est, sans hésiter, le tour de force de cette fin d’année.

Florentin GROH

 

 

 

La rédaction

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