Alex Dutilh à la rencontre de l’inconnu

Pianiste de formation classique dans son enfance basco-landaise, Alex Dutilh a une révélation pour le jazz durant ses études universitaires (Droit Public et Sciences Po). C’est après avoir quitté les bancs de la fac qu’il arrive à Paris comme Inspecteur des Douanes. Dès 1982, il préside le Jazz Action Paris Ile-de-France qui crée notamment le Centre d’Info du Jazz et, détaché auprès du ministère de la Culture, devient directeur du Cenam (Centre National d’Action Musicale) puis du Studio des Variétés ; et, en 1992, il co-fonde le mensuel Jazzman dont il sera rédacteur en chef jusqu’en 2009. Un universitaire actif et un homme de radio, il n’en fallait pas moins pour venir à la rencontre d’Alex Dutilh.

Alex, vous avez eu la révélation pour le jazz à l’université ; selon vous, quels dialogues peuvent s’instaurer entre le jazz et la communauté universitaire ?

Je dirais que le dialogue doit exister avant le concert. Selon moi, il faut des initiatives qui favorisent l’échange ; par exemple, les baccalauréats option musique sont des bonnes opportunités pour se confronter aux œuvres. Depuis 2 ans, Miles Davis est au programme où c’est l’occasion de commenter ou d’écouter son oeuvre. Dernièrement, je suis allé dans une classe de terminale et de première option musique, lorsque j’ai proposé le sujet « jazz et orient », j’ai constaté que l’un des problèmes du jazz est de défendre « je ne suis pas celui que vous croyez » ; il y a souvent un avis erroné et lorsque l’on fait écouter le jazz dans sa diversité et dans son histoire, il y a une multiplicité de portes d’entrées. C’est pourquoi, je pense que lorsque l’on créé un cadre où l’on peut écouter en situation de concerts sur le modèle des cafés musique à la Philharmonie à Paris qui sont gratuits le dimanche à 11 heures, à chaque fois il y a 30 personnes ou plus et il ne s’agit pas de conférences. Pour ma part, j’amène des choses susceptibles de faire réagir les gens pour soit les étonner soit je provoque la parole ; je ne tiens pas la posture savante, je suggère les choses avec des images, des approximations. Alors oui, ça passe par la discussion, la conviction avec des gens qui font passer une flamme ; lorsque l’on est étudiant, l’emploi du temps le permet et on peut envisager d’écouter la musique ensemble avec un verre de vin ; on peut apprécier le jazz sans se désinhiber et se désinhiber en échangeant. Il faut désacraliser l’écoute et le jazz a peut être trop négligé les espaces de dialogue (cf. le succès de Pierre et le Loup).

Cet espace discursif; là où se forge des convictions, pouvez vous nous rappeler quelles sont celles que vous aviez étudiant et comment servent-elles votre travail de presse aujourd’hui ?

J’étais étudiant dans un contexte très particulier, celui de mai 68. A ce moment là, dans les mois qui ont précédés mai 68, j’ai eu une passion pour Coltrane et j’ai fais un transfert avec mon père qui est mort quasiment au même âge. Si je regardais sa silhouette c’était la même, un type barraqué et je me suis jeté dans sa musique, il est ma voix d’entrée dans le jazz. Parallèlement à cette époque, il y avait un festival d’avant garde, toutes disciplines confondues, près de Bordeaux ; il m’a ouvert les oreilles et l’esprit, il m’a appris à être libre dans mes jugements et dans mes gouts. Selon moi, le jazz dans cette époque incarnait la révolte, je le vivais avec une musique engagée.

L’engagement, les défis quels sont ceux selon vous qui attendent les journalistes spécialisés demain et particulièrement les jeunes journalistes ?

Je crois beaucoup à la curiosité, à l’ouverture d’esprit, à l’absence de règles ; ça fait partie de l’ADN de ce métier et lorsque l’on est face à l’inconnu on s’interroge. Lorsque j’écoute une musique et que je ne l’ai jamais entendu, je m’interroge sur d’où elle vient, comment je vais l’appréhender, à quoi je vais la relier : aller à la rencontre de l’inconnu ! Egalement, il est important de faire la balance entre la connaissance des musiciens et ne pas sombrer dans le copinage, il faut garder une distance affectueuse. Par exemple, j’ai vu Airelle Besson hier soir, avant je l’avais avant eu en interview ; je viens de la voir et je lui ai dis « je suis heureux d’avoir une idée de ce que je verrais à Coutances, on t’a pas fait un cadeau en jouant dans ce contexte là, avec du bruit ».

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OPEN JAZZ d’Alex Dutilh sur France Musique en direct de Jazzahead

La rédaction

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