« Au revoir là-haut », entre tragédie et fantaisie

Paru en salle le 25 octobre 2017, « Au revoir là-haut » est un film réalisé par Albert Dupontel qui s’est inspiré du roman éponyme de Pierre Lemaitre. Radio Campus Avignon vous raconte cette épopée magistrale dans cette critique.

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Le roman en question, écrit par Pierre Lemaitre

Synopsis :

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l’un dessinateur de génie, l’autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l’entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.

      Un peu de contextualisation… Pierre Lemaitre a donc trouvé le titre de son livre dans la dernière lettre adressée à sa femme par le soldat Jean Blanchard injustement fusillé en 1914 et dans laquelle il écrit « Au revoir là-haut ma chère épouse ». Ainsi, l’origine du titre nous indique que l’histoire se déroule lors de la Première Guerre mondiale. « Encore un film sur la guerre ?! Où est l’originalité ? N’est-ce pas un énième film sur ce thème parmi tant d’autre ?» pouvons-nous penser. Mais au contraire ! Tout son intérêt réside dans une période dont on parle peu : celle de l’après-guerre.

En effet, si le film commence avec une scène sur un champ de bataille, celle-ci est courte et n’a pour seule fonction que de présenter l’intrigue ainsi que les trois personnages principaux : Edouard Péricourt (Nahuel Pérez Biscayart, vu également dans 120 battements par minute), Albert Maillard (Albert Dupontel) et Henri d’Aulney-Pradelle (Laurent Lafitte). Effectivement, Edouard et Albert se rencontrent dans les tranchées, ils se retrouvent plongés dans une bataille déclenchée volontairement par Pradelle alors que sonnait la fin de la guerre. Edouard n’en ressortira pas indemne : il y a laissé la totalité de sa mâchoire et se voit comme un monstre. Complètement dévasté, il ne veut pas sortir bien qu’Albert s’occupe de lui enchaîne les petits boulots pour subvenir à leurs besoins. Ensemble, ils mettent au point une arnaque aux monuments aux morts : Edouard dessine les modèles, Albert s’engage à les imprimer et recevront de nombreuses commandes de la France entière ainsi que l’argent pour les payer mais ils ne les enverront jamais. Parallèlement, Albert se retrouve dans une situation délicate avec Pradelle, dont il aimerait se venger.

Ainsi, le film conte une histoire originale mélangeant amour, amitié, humour et relations familiales tout en dénonçant certains faits historiques. En effet, si les personnages et l’arnaque sont fictifs, le trafic de cercueil mené par Pradelle se base sur une triste réalité. Par conséquent, cela a ouvert de nouvelles études au sujet de la Première Guerre mondiale comme l’analyse de Béatrix Pau « Le ballet des morts » afin d’étudier la réalité des faits historiques. De même, si nous avons toujours entendu parler des « gueules cassées » (représentées par le personnage d’Edouard), avec, notamment, le célèbre tableau d’Otto Dix, nous parlons peu des séquelles et des conséquences qu’un tel événement a pu causer à ces hommes. Le réalisateur s’est donc attaché à faire une scène sur la souffrance d’Edouard mais le sujet va être traité tout au long du film avec des passages touchants ou plus violents. Est aussi dénoncée la maltraitance envers les poilus par la population mais aussi entre eux grâce à une scène spectaculaire et poignante.

“Au revoir là-haut” est une œuvre d’art, aux acteurs talentueux dont un qui a retenu notre attention: Nahuel Pérez Biscayart interprétant Edouard Péricourt. En effet, le personnage est gravement blessé, il a perdu sa mâchoire durant la bataille et crée des masques afin de cacher son handicap. Ces derniers lui permettent de redevenir un homme en lui donnant une nouvelle personnalité car chaque masque représente une humeur pour transmettre ses émotions. Mais si le travail des masques est prodigieux, ils laissent entrevoir les yeux du personnage. Ainsi, l’acteur fait passer tous ses sentiments à travers son regard, touchant le spectateur. C’est un personnage excentrique, au grand cœur, qui nous plonge dans le monde des “Années folles” qui s’oppose à celui des bourgeois, contraste que le réalisateur s’est attaché à faire ressortir dans son film.

 

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Un des masques, aussi beau qu’étrange d’Edouard

L’arnaque est bien au centre du film, mais elle est aussi un moyen de permettre à l’histoire de développer toutes les relations des personnages. Entre amour, manipulation, amitié et problèmes familiaux, entre tragédie et fantaisie, opposition regroupé dans nos personnages et dans la période d’après-guerre, “Au revoir là-haut” ne vous laissera pas indemne.

Sabrina DUGAND

La rédaction

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