Campus Sonore, la trilogie Pt.2: L’expo

Le Campus sonore c’était aussi du visuel !

Dans le cadre somptueux de l’opéra j’ai découvert des artistes qui méritent vraiment ce titre.

L’exposition organisée et mise en place par la jeune agence Muséocom était répartie dans les coursives sur trois étages. C’est en déambulant le long des couloirs circulaires du bâtiment que l’on pouvait admirer les œuvres des étudiants choisis par l’agence en avril dernier.

Au rez-de-chaussée, une rétrospective de la première édition du Campus Sonore immortalisée en photo par Laurent Marti, photographe de profession. Les sourires des invités et des artistes sont présents sur tous les clichés, annonçant une deuxième soirée pleine de joie et de surprises.

Après cette première entrée en matière et un détour par le foyer (oui, le vin était gratuit), c’est vers le deuxième étage que je me dirige. Marie Ballon est étudiante en Master 2 publics de la culture et de la communication. Son projet, Matière silencieuse, entre photographies, dessins et matières plastiques interroge sur les questions existentielles que l’on se pose tous un jour. Entièrement basé sur l’interactivité, l’exposition débute avec un mur blanc (peut être trop peu mis en valeur) qui pose une question : L’Art est-il fait  pour être compris ? Nous sommes ainsi incités par la présence de marqueurs à inscrire notre propre opinion ou réflexion sur le mur qui se pare peu à peu de couleurs. Dans cette même dynamique les photos et dessins de l’artiste dispersés sur les murs rouges du couloir sont accompagnés d’une pancarte. Y figure à chaque fois le début d’une phrase ou question : « Faut-il que… », « La femme… », « Est-il possible… » Les points de suspension nous invitent à réfléchir par nous-même sur le sens de l’œuvre et le questionnement qu’elle propose. C’est seulement en retournant la pancarte que l’on peut découvrir la suite de la question. C’est avec plaisir que je me suis prêtée au jeu, l’âme philosophe, et que je me suis questionnée sur des thèmes comme l’espoir, la féminité ou l’humanité avec en toile de fond la question de l’art. Plus intéressant encore était de comparer son point de vue avec celui de l’artiste, présence immatérielle derrière chacune de ses œuvres, et de voir cet écart (ou son absence) entre ce que veut montrer l’artiste et ce que le spectateur perçoit.

expo coursives la femme

La femme…

Marie Ballon se déclare « artiste amateur » m’explique un membre de Museocom : pas plus artiste que chacun d’entre nous (ok, peut-être un peu plus que moi quand même).  Ainsi c’est chaque spectateur qui contribue à son art en se prêtant au jeu des questions/réponses créant une exposition commune et interactive. Si je n’ai pas toujours été emballée par le travail de Marie, j’ai beaucoup apprécié son concept qui propose une approche différente de l’art et nous emmène, au-delà de la beauté artistique, vers une véritable réflexion.

 C’est au troisième étage que j’ai eu mon véritable coup de cœur pour une artiste au talent monstre. Violette Hello, ou Heloise Rochette de son vrai nom est partie presque un an en Amérique Latine après sa licence de psycho. Elle a traversé cinq pays : Le Brésil, L’Argentine, la Bolivie, le Chili et le Pérou et a ramené de son voyage de nombreux clichés réunis en une exposition : «Là-bas ce n’est jamais chez moi». Les photographies montrent un continent en développement déchiré entre traditions et mondialisation, richesse et pauvreté. Une femme en habit traditionnel sourit à l’appareil, un enfant se balance entre deux wagons abandonnés sur une voie ferrée déserte, un gratte-ciel luxueux dispute une part de ciel bleu à un immeuble un ruine, des milliers de touristes s’entassent sur une plage de sable blanc : les clichés, superbes, illustrent les contrastes et paradoxes d’un continent confus mais plein d’espoir. C’est avec beaucoup d’admiration que je suis allée à la rencontre de Violette Hello. Assises par terre sur la moquette de l’opéra nous avons pu discuter de son voyage et de sa démarche artistique.

expo coursives 2

 C’est dans le but de découvrir de nouvelles cultures à travers son objectif que la jeune femme s’est lancée dans ce périple, ses 8ans d’expérience photographiques en poche. «Mon appareil, c’est comme un rouge à lèvres: durant le voyage il était toujours fourré dans mon sac» me confie-t-elle. Arrivée au Brésil pendant la coupe du monde de football, elle découvre un pays en pleine inflation où manifestations et tensions font partie du quotidien. C’est cette ambiguïté d’un continent en développement qu’elle tente de photographier s’intéressant avant tout aux habitants car pour elle c’est «surtout l’humain qui compte». Si la démarche fut parfois difficile, les rencontres qu’elle fait lui permettent de mener à bien son projet. Elle revient ainsi sur sa photo de la fille souriante en costume traditionnel. Cette jeune bolivienne qui l’a abordée en anglais possède l’équivalent d’un BTS tourisme et a tout d’une femme moderne. Pourtant, elle respecte le travail de ses parents dans les champs et reste très attachée aux traditions de son pays, c’est d’ailleurs son nom traditionnel, Oliku, qu’elle donne d’abord à la photographe. C’est pour Violette Hello une rencontre représentative de ce qu’elle a voulu illustrer. «La bas, ce n’est jamais chez moi» n’est pas une dénonciation de la mondialisation, me précise l’artiste mais au contraire un message d’espoir  qui laisse penser qu’une cohabitation entre mondialisation et tradition est possible malgré les contradictions.

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Maintenant en Master de Stratégie de développement culturel, public et communication, à l’université d’Avignon, Heloise Rochette a pour projet de se professionnaliser dans la médiation culturelle. En photo, elle travaille en ce moment sur la lumière et l’argentique. On  peut peut-être espérer la retrouver pour un Campus Sonore 3 ?

Diane Haudiquet

La rédaction

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