Du Free, du Jazz. Du Freejazz.

 

A l’AJMI, ce jeudi 30 octobre 2014, se tenait la première édition des Jazz Story ayant pour thématique « le Free Jazz » ou plutôt « les prémices du Free jazz »… Radio campus y était.

 

Free, vous avez dit Free Jazz?

Oui alors il ne faut pas se méprendre. Pas comme tous ceux qui, ayant vu les affiches à Philadelphie en 1960 annonçant : « Ce soir Ornette Coleman en concert Free » sont venues en pensant assister gratuitement à un concert jazz… Manquerait plus qu’on leur offre les petits fours à ceux-là… Le « Free jazz » ce n’est pas cela et ce même si l’AJMI vous fait l’entrée totalement Free. Compris ?

 En effet, les Jazz Story sont des conférences permettant de faire découvrir un mouvement ou un style de jazz par l’écoute de morceaux de musique ou par l’interprétation en directe d’un musicien.

 Abordant des contextes historiques, politiques et artistiques qui ont joués dans le développement de ces mouvements et différents styles, le conférencier donne toutes les clés pour mieux comprendre, intellectualiser et écouter le jazz. Lors de ces Jazz Story l’ambiance est à la convivialité, chacun apportant en début de soirée de quoi faire un apéritif et partager un moment avec les autres visiteurs de ce lieu d’exception. Alors pour tous les curieux, qu’ils soient néophytes ou passionnés de jazz, vous avez frappé à la bonne porte !

Le public est toute ouïe

Apéro et ambiance tamisée

M.Jean-Paul Ricard, président et membre fondateur de l’AJMI, s’installe face à l’auditoire alors plongé dans une lumière tamisée propice à l’écoute et à la détente. Face à lui, sur la table typée jardin parisien, une dizaines d’albums sont empilés les uns au dessus des autres… Une dizaines pour nous faire découvrir ce qu’est véritablement le Free Jazz, à savoir un mouvement qui au contraire de ce que l’on pourrait penser, n’est pas né brusquement dans les années 1960 avec le titre « Free Jazz » de M. Ornette Coleman.

 

Il est 20H30, le silence se fait, la conférence commence. La thématique du jour : « Les prémices du Free jazz ».

 

A la découverte des prémices du Free Jazz…

 

Dès les années quarante se développent des tentatives de Free Jazz initié par des musiciens cultivés ayant le sens de la théorie musicale. Désirant jouer différemment, ils aspirent à laisser davantage de place à la liberté et à l’improvisation.

C’est la cas du musicien Lennie Tristano, pionnier du Free Jazz développant des théories musicales en marge du Bebop. (Le style bebop se caractérise par une excellente maîtrise des techniques de l’instrument, une bonne oreille et une connaissance approfondie de l’harmonie. L’improvisation étant la caractéristique principale du style).

Délivrant des enseignements basés sur l’importance de l’écoute des partenaires musiciens dans l’interprétation d’un tout pertinent, Lennie Tristano expérimenta l’improvisation le 16 Mai 1949.

Alors que Lennie et ses musiciens étaient en studio pour enregistrer des morceaux de musique, il demanda à l’ingénieur du son de laisser tourner les bandes. Il proposa alors à ses partenaires de réaliser une libre improvisation sans avoir choisi au préalable une chanson ou un thème, sans repère harmonique ou rythmique. L’objectif : Jouer uniquement pour le plaisir de jouer, créer la musique sur le moment en s’écoutant mutuellement.

 

EXTRAIT : Lennie Tristano Intuition 16 MAI 1949 – Label Capitole:

 

Lennie Tristano – “Intuition” / 16 Mai 1949 by Sebastienh on Mixcloud

 

        Lee Konitz : Saxophone alto

        Billie Bauer : Guitare

        Arnold Fishkin : Contrebasse

        Daisy Best : Batterie

 

Comme Lennie Tristano, c’est par le partage de ce désir de liberté et d’improvisation que le courant va ainsi prendre de l’ampleur et peu à peu se mettre en place

D’autres musiciens participeront à ces recherches expérimentales en trouvant de nouvelles sonorités et formes d’exprimer la musique. C’est le cas des musiciens appartenant au courant West Coast, de la côte Ouest des Etats-unis.

Extrait : Le courant Jazz West Coast – Abstract Number One – 1958

Le courant West Coast – “Abstract Number One” / 1954 by Sebastienh on Mixcloud

 
 

Cet extrait nous montre l’état avancé dans lequel se trouvent être les musiciens : une écoute réciproque et des échanges guidées entre eux permettent ainsi une improvisation totale.

        Shelly Manne : Batteur

        Shorty Rogers : trompettiste

        jimmy Giuffre : clarinettiste et saxophoniste

Le disque des Pingouins. Pochette célèbre qui représente les trois musiciens.

Le disque des pingouins

Au sein de courants très différents dont en particulier le Hard Bop et grâce au format des nouveaux vinyles, les musiciens prennent le parti de tenter l’improvisation en augmentant la durée de ces mêmes improvisations (Ce que ne permettait pas le 78 tours des années quarante limité à trois minutes sur une face).

C’est le cas de Coleman Hawkins en 1948 qui, alors en studio d’enregistrement, va vouloir effectuer un solo avec son saxophone. Face au micro, en improvisation totale, il va alors entamer un morceau en hommage à un peintre qu’il apprécie beaucoup : Picasso.

Coleman Hawkins – A Picasso – 1948 by Sebastienh on Mixcloud

 
 
 

Sonny Rollins, autre musicien issu du Hard Bop, va pratiquer l’écoute active de ses contemporains et se remettre en cause de nombreuses fois sur sa musique, sur les possibilités de se perfectionner tout en acquérant une facilité dans l’art d’improviser. C’est en 1958 et 1962 qu’il va sortir des titres à fort succès, récompense de son dur labeur.

Mais le véritable tournant pour les prémisses du Free Jazz s’effectue avec Max Roach. Batteur historique du BeBop. Il va être attentif aux luttes des noirs qui s’intensifient durant les années quarante et va les retranscrire dans ses créations artistiques. Servant ses revendications et celles de la communauté noire, ses morceaux impliqués politiquement et en particulier l’album « We insist, freedom now suite » témoignent de l’engagement de sa musique pour défendre une cause importante.

Extrait : Max Roach – freedom day

 

Max Roach – Freedom Day – 31 août 1960 by Sebastienh on Mixcloud

 

 

 

Pochette de l'album « We insist, freeedom now suite »

        Abbey Lincoln : Chanteuse

        Booker Little : Trompette

        Julian Priester : Trombone

        Walter Benton : Saxophone ténor

        James Chang : Contrebasse

 

Un peu après Max Roach, c’est Charles Mingus qui utilisa sa musique comme support de ses revendications et de la cause des noirs. Il dirigea dans les années cinquante des orchestres nommés « Jazz work shops », sortes d’ateliers d’expérimentations, d’inventions voire de provocations agissant sur les formes du jazz. Pratiquant l’improvisation collective, Charles Mingus autrement surnommé « L’homme en colère du Jazz » donna une réelle importance à ce qu’était le Free Jazz. Ainsi en 1956 il enregistra « Pithecanthropus Erectus » et en 1959 « Fable of Faubus » sur l’album Ah Um. L’anecdote autour de cet album réside dans le fait que Mingus, grâce à ce support, contesta ouvertement le gouverneur de l’Arkansas (qui à cette époque mit en place des lois ségrégationnistes).

A travers des paroles virulentes et empreintes de violences, Charles Mingus ne cacha pas ses opinions politiques, ce qui inquiéta les producteurs du label Colombia qui supprimèrent les paroles du morceau pour ne pas avoir de retours négatifs et controverses. C’est au final en 1960 que Charles Mingus pu ré-engistrer avec les paroles d’origine cette musique.

 

Extrait : 3. Charles Mingus – Original Faubus Fables

 

3. Charles Mingus – “Original Faubus Fables” / 1960 by Sebastienh on Mixcloud 

 

        Dannie Richmond : Batterie

        Eric Dolphy : Saxophone alto

 

Un personnage haut en couleurs, dont on ne connaît ni la date de naissance ni la genèse de son entrée dans la sphère des jazzmans : SunRA. Virevoletant dans un monde original où il se dit immortel, il mit en place des orchestres de dimensions variables en tentant à plusieurs reprises des expérimentations sur des pianos électriques et des orgues électriques.

 

Extrait : Sun Ra – 1956

 

Sun Ra –  1956 by Sebastienh on Mixcloud

 

 

Vient celui a qui on attribut l’acte de naissance du mouvement Free Jazz : Ornette Coleman. Ce premier extrait marque le premier essai de Coleman à ‘improvisation enregistrée. Le second extrait intitulé « Free Jazz » est par définition celui à qui l’on attribut la naissance de ce mouvement.

 

Extrait : 5. Ornette Coleman – The blessing – 1958

 

Ornette Coleman – “The blessing” / 1958 by Sebastienh on Mixcloud

 

 

Extrait : 6. Ornette Coleman – Free Jazz – 21 Décembre 1960

 

Ornette Coleman – “Free Jazz” / 21 Décembre 1960 by Sebastienh on Mixcloud

 

 

Photo N°7 : Jean-Paul Ricard durant les Jazz story du 30/10/14 sur le thème : « Les Prémices du Jazz »

INTERVIEW M. Jean-Paul RICARD by Sebastienh on Mixcloud

 

 

Au travers de cette découverte et l’écoute de ces morceaux, M.Jean-Paul Ricard nous a dévoilé l’importance de l’improvisation et son évolution pour les musiciens jazz de 1940 à 1960. Loin de l’idée d’être un mouvement spontané, le Free recèle de découvertes, expérimentations et tentatives de la part de ses musiciens afin d’abolir toutes les contraintes codifiées et préexistantes dans le jazz de l’époque.

Mouvement libertaire profondément marqué par les tourments sociaux et politiques de cette génération, façonné par les tensions liées à la ségrégation, le Free Jazz fut un vecteur artistique important extériorisant une forte revendication de liberté.

De Lennie Tristano à Ornette Coleman en passant par Max Roach, ce mouvement témoigne ainsi d’un besoin de repousser les limites des musiciens et de la maîtrise de l’instrument pour être au plus près de l’expression véritable, celle de la musique improvisée.

Alors que l’assemblée écoute le dernier morceau de musique de cette soirée, je me vois confirmée l’impression que j’eus plus tôt durant la soirée…

Cela commença par une femme et son mari, puis ce fut au tour d’un homme à lunette de s’y mettre. Au cinquième extrait, tous avaient les yeux clos. La musique ne se prêtant pas complètement à la relaxation ou à l’improvisation d’une séance de yoga, pourquoi avaient-ils tous les yeux fermés ?

 

« Le meilleur moyen d’écouter du Jazz c’est d’en voir »… Pas pour le Free Jazz.

 

Alors que j’observai une femme, les yeux clos et tout à fait sereine, j’aperçus le slogan de l’AJMI : « Le meilleur moyen d’écouter du Jazz c’est d’en voir ». Pas pour ces Jazz Story apparemment. Pas pour le Free Jazz. N’est pas musicien qui veut, malgré ce qu’en pense Palo Alto et il semblerait que seule l’écoute attentive et intériorisée puisse nous faire ressentir ce qu’un instant durant, les musiciens ont tenté de vivre au travers de la musique : l’absolue liberté.

« Le meilleur moyen d'écouter du jazz, c'est d'en voir. » Pas pour le Free Jazz.

Les lumières s’éteignent, les discussions s’estompent peu à peu et la musique bel et bien disparue reste pourtant  présente à l’esprit de tous ceux qui, durant deux heures, ont participés à cette écoute collective. L’occasion pour Radio Campus d’interviewer M. Jean-Paul Ricard et de récolter à la sortie de l’AJMI quelques réactions, à chaud, du public.

 

Interview public N°1 “Free jazz” – AJMI by Sebastienh on Mixcloud

 

Interview public N°2 “Free Jazz” – AJMI by Sebastienh on Mixcloud  

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