Entretien avec Scan X

ScanX aux machines.Comme chaque courant musical underground, la musique électronique a ses artistes majeurs. Ce genre d’artistes précurseurs qui au fil des années ont su donner un sens et une légitimité à un courant des plus méprisés à ses débuts. Scan X au même titre que Laurent Garnier  dont il est le fidèle compagnon depuis maintenant  12 ans en fait partie. Artiste à la renommée internationale, Stephane Dri de son vrai nom a parcouru le monde entier pour distiller une techno éclectique et captivante live. Rencontre avec ce monstre de la musique Techno.

Bonjour à toi Scan X, tu as réellement commencé ta carrière en 1993 en signant sur le label Fnac Music Division d’Eric Morand. Comment t’est venue cette passion si particulière à une époque où la musique électronique était des plus marginales ?

Jeune, j’ai toujours joué de la musique en étant fortement attiré par les technologies. Je détenais par exemples de multiples basses et boites à rythmes que j’utilisais régulièrement dans mon groupe de rock où je fus guitariste. Cependant la passion pour la musique électronique est réellement apparue en 1989 avec l’arrivée des premières raves parties en France. Celles-ci furent pour moi un vrai déclic. D’une part, je pouvais y entendre une musique totalement nouvelle où les possibilités étaient immenses et d’autre part, ces soirées fédéraient des gens aux backgrounds musicaux totalement différents. Je pouvais y rencontrer des personnes qui écoutaient du Jazz comme d’autre qui écoutaient du Hip-hop, du Funk ou même du Rock. A la fin de ma première rave, je fus incapable de dire si j’avais aimé ou détesté, une seule certitude, celle-ci fut un tournant, une révolution pour moi. Toutes mes certitudes à propos de la musique furent chamboulées en une nuit.

Quelques temps après, je vendais toutes mes guitares et autres boites à rythme pour acheter un sampler qui à l’époque coutait très cher et dont l’utilisation était des plus rustiques en comparaison avec la technologie utilisée aujourd’hui. Je me mis à produire de la musique électronique intensivement pour envoyer au bout d’un an plus de 200 maquettes par la poste aux différents labels de musiques électroniques de l’époque. Sur ces 200 maquettes, je reçus 3 réponses positives dont l’une provenant de Fnac Music Division le label d’Eric Morand où était signé Laurent Garnier. Après avoir rencontré Eric Morand, celui-ci me dirigea vers un autre label techno du nom de «Ravage» qui malheureusement coula avant la sortie de mon Ep. Je me remis au travail et en 1993, je renvoyais une démo à Eric Morand qui me rappela et me dit «Celui la on le sort !».

Par la suite, Fnac Music Division a été arrêté et tu as rejoint le nouveau label de Eric Morand et de Laurent Garnier : F-Communication. Comment cela s’est-il passé ? Comment était ce label si important de l’époque ?

A la fin de Fnac Music Division, Eric Morand et Laurent Garnier ont monté F-Com. Eric gérait tout le côté administratif du label et Laurent qui voyageait énormément était une sorte de « ministres des affaires étrangères » (rires). Il écoutait énormément de musique à l’étranger et assurait la direction artistique. Pour ma part, je me suis très vite joint à eux avec toute une série de Maxis publiés en 1994-1995 et avec la sortie de mon premier album du nom de « Chroma ». Cet album était le 3ème sorti par le label, l’un des tous premiers longs formats français uniquement électroniques.

F-Com était bien plus qu’un label, c’était une famille. Régulièrement je me rendais dans le bureau d’Eric Morand pour écouter et donner mon avis sur les nombreuses démos qu’il recevait. F-Com n’était pas une organisation pyramidale, mais plutôt une organisation en étoile où chaque artiste avait son mot à dire concernant la direction artistique du label.

 

Comment as-tu vécu la fin de ce label ?

 

Je ne pense pas qu’il y ait eu une fin, mais plutôt une chute. Nous avons été en France un label atypique dans le sens où nous avons eu de très gros succès tels que Mister Oizo et son hit « Flat Beat ». Ce morceau s’est vendu à près de 4 millions d’exemplaires et a trusté les premières places des charts devant des artistes mainstreams comme Janet Jackson par exemple. Même notre distributeur Pias, qui était l’un des plus gros distributeurs français de musique avait des problèmes pour suivre le rythme. Ce moment était l’apogée du label, pas uniquement en terme de vente mais en terme de rayonnement face à des majors qui n’ont jamais cru en ce mouvement.

Malheureusement, par la suite F-Com a eu de grandes difficultés à cause de l’avènement d’internet et du piratage mais pas seulement… Selon moi, deux autres raisons ont provoqué ce déclin.

Tout d’abord, le mouvement techno s’est essoufflé vers la fin des années 1990. Je ne suis pas du tout nostalgique mais à une époque la musique techno était en pleine effervescence. Chaque semaine dans les bacs sortait un énorme morceau qui remettait en cause tout ce qui avait été précédemment fait. Tous les mouvements connaissent cette période d’explosion créative et de croissance qui permet aux labels de se développer. Mais progressivement les personnes qui souhaitent faire l’argent arrivent et le mouvement perd en dynamisme et en intérêt.

Secondement, l’arrivé du Mp3 a changé les habitudes des consommateurs. Le nombre de personnes qui achètent des vinyles et des disques ou les collectionnent a progressivement décru ce qui a mis à mal les labels. D’autant plus que l’arrivé des Dvds a pas mal grignoté la part du budget Cd des consommateurs de musique. Désormais les gens pensent en terme de quantité et non de qualité. Quand j’étais plus jeune, lorsque j’achetais un support pour écouter de la musique je recherchais avant tout la qualité d’écoute. Maintenant les jeunes sont beaucoup plus concentrés sur la quantité. La consommation de musique est devenue à l’image de notre société d’hyper consommation…

 

Tu as été un des premiers artistes à ne faire que du live électronique. Pourquoi ce choix ?

 

Le live m’a permis de convaincre et de m’imposer. A l’époque peu d’artistes tournaient en live. La majorité produisait des morceaux pour les jouer par la suite en vinyle ou en disque. Pour moi le processus était différent, dans la mesure où la musique que je produis est avant tout destinée à être jouée en live avant d’être sortie. Avec L.B.S (mon projet actuel avec Laurent Garnier et Benjamin Rippert), je retrouve cette approche où les morceaux sont très vite joués en live et modifiés au fur et à mesure.

Tes albums sont composés de morceaux très différents les uns des autres. Cela signifie-t-il que la musique que tu écoutes est très éclectique ? 

C’est vrai que mes albums sont composés de morceaux aux genres très différents. Certains sont très Ambient tandis que d’autres sont plus Techno. Même mes premiers maxis qui étaient tous très techno étaient accompagnés de morceaux Ambient. Pour moi un album est quelque chose de différent qui doit surprendre pour éviter d’être ennuyeux. Je ne vois pas l’intérêt de produire un album où les morceaux sont des maxis combinés dans un long format.

Avant de te joindre au projet Tales of Kleptomaniac de Laurent Garnier, tu as longtemps tourné seul dans le monde entier. Raconte-nous cette période.

C’est vrai que j’ai tourné un peu de partout avec mon projet live solo mais j’ai aussi eu des collaborations notamment une avec les Youngsters qui est un duo composé de Rodriguez Junior et Gil le Gamin. Cette formule qui était des plus originales car elle mélangeait deux lives avec un dj au milieu pour les mélanger. Avec ce projet, nous avons fait plus de 70 dates tout autour du monde : Bresil, Europe, Asie… Cette formule est selon moi un pré-L.B.S, dans la mesure où elle mélangeait le live et le djing.

ScanX et Laurent Garnier Par la suite tu as rejoins le projet live de l’album Tales Of Kleptomaniac de Laurent Garnier. Comment cela s’est passé ?

Laurent est depuis longtemps un très bon ami. Quelqu’un avec qui j’ai partagé énormément de moments avant même que l’on produise quoique ce soit ensemble. Régulièrement, j’allais manger chez lui et il me faisait écouter ses morceaux que je m’empressais de modifier et de réarranger avec lui. Cela a par exemple donné naissance au fameux morceau Crispy Bacon sorti en 1997 sur F-Com.

Juste avant la mise en place de sa tournée “Tales Of Kleptomaniac” (en écoute libre ici), j’ai eu l’occasion de voir Laurent jouer à La Cigalle à Paris dans le cadre de la tournée pour son précédent album “The Cloud Making Machine’”. Lors de ce live, Laurent devait gérer énormément de choses en même temps : faire les constructions rythmiques, gérer les synthés et diriger les musiciens. Il y avait une sorte de déséquilibre entre la partie électronique et acoustique dû au fait que Laurent devait tout gérer lui-même. Après ce concert, j’ai eu l’occasion de discuter avec lui et de lui exposer ce que j’en pensais. Comme je m’occupais du mixage de son nouvel album “Tales Of Kleptomaniac, il m’a demandé de l’aide pour préparer le live et très vite il a envisagé d’être deux sur scène aux machines. Par la suite, nous avons ainsi monté un live divisé en deux projets synchronisés. Le projet de Laurent, s’occupait de tout ce qui était construction, rythmique et synthés relativement simples, puis le mien se tournait plus vers les effets et les synthés un peu plus complexes. Cela a permi à Laurent d’être beaucoup plus disponible avec les musiciens et de mieux interagir avec le public.

 

Cette tournée vous a amené à jouer à Pleyel, une salle de concert parisienne mythique habituellement dédiée aux musiques classiques et jazz. Laurent Garnier explique dans son Dvd « It’s Just Music » que cette date fut l’apogée de sa carrière mais aussi une grande source d’angoisse et de stress. Comment toi as-tu vécu cette date si particulière ?

 

C’est vrai que cette date était particulière dans la mesure où nous avons passé des journées entières non pas à préparer une tournée, mais une seule date. Pleyel avait ainsi un coté ultime, dans le sens où nous ne pouvions pas louper ce concert unique enregistré en direct au sein du temple de la musique classique française. Pour la première fois, la musique électronique allait résonner dans cette salle mythique. Laurent qui est des plus perfectionnistes a vécu cela avec un stress permanent. Afin de réduire cette pression nous avons extrêmement bien préparé cette date avec des multiples répétitions d’avant concert. Pour ma part, j’ai vécu ce concert avec beaucoup moins de pression que Laurent. Peut être parce que ce projet était celui de Laurent avant tout et que je n’étais qu’un musicien. Je savais que nous étions prêts ! Cela ne m’a pas empêché de rentrer une minute trop tôt sur scène à cause de la pression (rires).

Cette date pour Laurent représentait ce qu’il a toujours voulu faire. C’est-à-dire que pour la première fois il avait l’impression d’avoir atteint son objectif. Dans le mélange Hydrib-électro-acoustique-jazz c’était le concert qu’il a toujours souhaité réaliser. D’autant plus que ce concert s’est passé à Pleyel et était enregistré.

 

Désormais, vous ne tournez plus qu’à trois avec Laurent Garnier et Benjamin Rippert au clavier sous le nom de L.B.S (Live Booth Session ou Laurent Scan X et Benjamin). Raconte-nous ce nouveau projet unique en son genre.

 

Après la date de Pleyel qui fut un succès, nous avons tourné pendant 6 mois avec le live « Tales Of Kleptomaniac ». A la fin de celle-ci Laurent ne se voyait pas repartir sur les routes seul à nouveau aux platines. Pour lui cela aurait été un retour en arrière après l’aventure humaine qu’il avait vécu. Un jour il m’a dit qu’il aimerait faire un projet qui mélange live et djing avec Benjamin au clavier et moi aux machines. Un projet plus dancefloor, où ne serions que trois. Nous avons donc développé un nouveau live avec Benjamin Rippert au clavier, Laurent Garnier aux platines et moi aux machines. Avec le live « Tales Of Kleptomaniac »  nous ne pouvions pas aller dans certains endroits tels que l’Asie. Nous étions près de dix et cela était trop onéreux pour les promoteurs. Avec L.B.S, cela est redevenu possible. Nous avons pu ainsi faire une tournée en Asie dans des villes telles que Tokyo, Singapour ou encore Bangkok.

L.B.S va probablement encore tourner jusqu’à l’été, et quand nous aurons terminé l’album que nous produisons et expérimentons au fils des lives, nous passerons en studio pour l’enregistrer. Avec L.B.S je prends énormément de plaisir avec de longue session de 4h ou nous mélangeons du live et du djing ce qui est inédit.

 

Qu’en est-il de tes projets personnels ?

 

A l’heure actuelle, nous préparons notre départ pour les Etats-Unis où nous allons jouer à San Francisco, Chicago, New-York et Miami pendant tout le mois de Janvier.  A mon retour en février, je vais me consacrer à mon album solo qui est pratiquement terminé. J’ai pris pas mal de retard à cause de tous les projets dans lesquels je suis engagé, mais celui-ci va bientôt arriver. Il sera très hybrid, pas forcement orienté dancefloor. En attendant sa sortie plusieurs maxis vont arriver et je suis encore en studio avec Laurent sur un projet de grande envergure dont je ne peux pas encore parler…

 

Dernière question, quelles sont les villes et les clubs que tu préfères ?

 

C’est difficile de choisir il y en a tellement. Pour l’Europe, je dirais Berlin. Cette ville respire la musique électronique et détient le meilleur club d’Europe : le Berghain/Panorama Bar. J’ai joué dans les deux. Le son et l’ambiance y sont magistraux et les gens sont cools. 

LBS

J’aime aussi beaucoup Tokyo. Le public là-bas est un public qui écoute et connait la musique électronique. Ils ont presque une approche scientifique et sont capables de se rappeler de chaque morceau joué le lendemain. Pour finir je te dirais l’Australie, où j’ai adoré le pays plus que la scène.

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