Etty Hillesum, l’espace intime du monde

« Etty Hillesum, l'espace intime du monde » présenté pour la première fois au festival Off d'AvignonSeconde Guerre mondiale, Pays-Bas. Esther, dite « Etty » Hillesum alors âgée de 27 ans, s’applique à tenir un journal intime et à écrire des lettres entre 1941 et 1943, qui deviendront des références pour les historiens. Nul besoin toutefois de tout connaître des Pays-Bas sous l’occupation, de la biographie d’Etty Hillesum ou de son œuvre complète : les coupes du texte sont naturelles et font sens. Sens avec ce contexte de désœuvrement, sens avec ce chemin spirituel que traverse Etty en son for intérieur, tiraillée entre le monde du rêve et le monde réel qu’elle veut réunir.

Dieu, son thérapeute, sa famille, ses amants, ses lectures et l’occupation en pointillés, sans aucune inhibition, Etty s’abandonne dans l’écriture et révèle sa part d’exceptionnel, sa part de richesse. Ici, la création reste fidèle à cet esprit. Etty, seul personnage sur scène, interprétée par la très talentueuse Sandrine Chauveau, évolue dans un décor d’abord caché dans la pénombre, dessiné par les premiers contours perceptibles d’un intérieur… Un fauteuil, un bureau, une commode, ces quelques meubles se dispersent sur le plateau et puis soudain, une voix. Et quelle voix. Envoûtante et maîtrisée, cette voix off qui semble venir de nulle part, d’entre les bruits. Il pleut, et Etty entre sur scène. Elle est seule, seule face à un texte qui n’est pas débité dans une longue complainte, mais face à un texte poétique, chargé de symboliques et troublant de modernité, transporté par la voix délicate de la comédienne. Plus d’un demi-siècle après, ce que vit Etty, nous le vivons encore. Chacun trouvera en lui un écho, avec sa propre sensibilité.

Etty Hillesum, interprétée par Sandrine ChauveauLes jours défilent et Etty se dévoile, sublimée par des lumières intelligemment disposées dans cet espace qui au fur et à mesure, se détraque sous les avions qui pressent le ciel, et par des fleurs, réduites en pétales dans un rituel quotidien. Et arrive l’étoile, honteuse, imposante, qui sans mot dire s’abat sur la poitrine d’Etty magnifique dans sa robe bleue, et vient accélérer le rythme. Des pas de tango aussi, exécutés dans une lumière d’un rouge somptueux, traduisent cette tension. Entre douleur et passion, séduction et combat, la danse, idée incongrue et inattendue mais terriblement juste, apporte un souffle d’énergie à la mise en scène de Dominique Davin.

La vérité, c’est qu’à peine arrivés et installés dans nos fauteuils, il nous est déjà demandé de partir, lourds de ces émotions, mais en ayant appris quelque chose sur l’humanité, dans la lignée de ce qu’avait écrit Etty le 20 juillet 1942 : « Mon Dieu, cette époque est trop dure pour des êtres fragiles comme moi. Après elle, je le sais, viendra une époque beaucoup plus humaine. J’aimerais tant survivre pour transmettre à cette nouvelle époque toute l’humanité que j’ai préservée en moi malgré les faits dont je suis témoin chaque jour. C’est aussi le seul moyen de préparer les temps nouveaux : les préparer déjà en nous. »

 

Informations pratiques

Etty Hillesum, l’espace intime du monde, par la compagnie Argile Théâtre
Tous les jours du 8 au 31 juillet 2011
Théâtre du Grand Pavois (Dojo du Centre / 13, Rue de la Bouquerie)
15h30
Durée : 1h05
Tarifs : 16€ / 11€ (Carte Off)
Réservations : 06 65 61 11 74

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