Fabien Lecœuvre : “La chanson française se renouvelle aussi !”

Il est attaché de presse, professeur de communication à l’ESJ de Paris et co-anime “Les Années Bonheur” sur France 2 depuis 13 ans et était présent à l’Autre Festival pour présenter son livre “1001 histoires secrètes de chansons”. Fabien Lecœuvre nous a accordé un entretien. 

RCA : Bonjour Fabien Lecœuvre.

Fabien Lecœuvre : Bonjour.

RCA : Merci de nous accorder cet entretien, à Gwen et moi pour Radio Campus Avignon. Comment vous est venue l’idée de ce bouquin ?


Fabien Lecœuvre : Alors, les “1001 histoires de chansons”, c’est une adaptation de mon livre qui s’appelle “Le petit Lecœuvre illustré”. “Le petit Lecœuvre illustré” c’est un dictionnaire des histoires de chansons. J’ai déjà écris à peu près un millier d’histoires qui racontent la jeunesse : comment sont nées les chansons en France. Je célébrerai le dixième anniversaire de cette idée – c’est une idée que j’ai eu avec Patrick Sébastien, un soir. Ca fait depuis 13 ans que je co-anime “Les Années Bonheur” avec lui. Il y a une émission qui est passée encore hier soir, y’en a encore quelques unes avant le mois de juin, avant de finit réellement la saison de tout ça, définitivement.

RCA : Ça continue “Les Années Bonheur” ?


Fabien Lecoeuvre : Et bien ça continue pour le moment jusqu’en juin. Après, on verra. Au-delà du mois de juin, après y’a les best-of de l’été, tout ça, et puis après on verra à la rentrée de septembre. Mais tout peut se passer en six mois encore. Et j’avais reçu Henri Salvador dans “Les Années Bonheur”, et je lui avait raconté que grâce à lui…en fait il avait permis à Goscinny et à Uderzo de crée le personnage d’Astérix en entendant l’été 1960 le tube d’Henri Salvador à la radio qui était “Faut rigoler” et qui commence par “Nos ancêtres les gaulois”etc, et c’est comme ça qu’ils ont eu l’idée de dessiner le petit personnage d’Astérix. Ils étaient à l’époque deux dessinateurs au journal “Pilote”, et c’est en entendant Henri Salvador. Et je raconte cette histoire à la télévision, à Henri Salvador qui est en face de moi. Et Henri me confirme toute cette histoire, bien sûr, et après on fait un débriefing dans la loge de Patrick Sébastien, et Patrick me dis “Tu sais, tu devrais consigner ces histoires dans un bouquin” il me dit “C’est incroyable ! Même Henri se souvenait plus de cette histoire ! C’est Hallucinant !”. Et donc grâce à Patrick Sébastien j’ai commencé à faire des livres qui s’appelaient “Les petites histoires des grandes chansons”. J’en ai vendu beaucoup beaucoup beaucoup en France. De cela, on a rassemblé tout, on a fait “Le petit Lecœuvre illustrée. C’est Michel Polnareff qui a trouvé le nom du livre, parce que moi j’aurais jamais osé mettre mon nom de famille en enlevant mon prénom. Je suis son agent depuis 14 ans comme chacun le sait aussi, et je lui en parle, je lui dis “mon éditeur me demande de rassembler mes livres sur les histoires de chansons mais je ne voulais pas appeler ça “Dictionnaire ; Encyclopédie ou Wikipédia comme on me surnomme des fois dans les émissions”. Et il me dit : “Mais pourquoi vous n’enlevez pas votre prénom et vous appelez ça “Le petit Lecœuvre” comme “Le Petit Futé”, “Le Petit Robert”, “Le Petit Larousse” ?”. J’ai dis “Ah oui, mais je ne vais pas oser voir mon éditeur en lui disant “On va l’appeler “Le petit Lecœuvre”.”, ça fait un peu prétentieux”. Il me dit “Non, parce que vous avez la chance que dans votre nom, vous avez le mot “oeuvre”. Et les chansons sont des oeuvres” me dit Polnareff. Je dis “Mais oui. Mais pourquoi pas.”. Alors je l’ai proposé à mon éditeur, les éditions du Rocher, et puis finalement il l’a fait voter par les représentants, et puis ils ont trouvé ça génial, comme si Stéphane Bern faisait un livre sur les têtes couronnées du monde entier, et qu’on appelait ça “Le Petit Bern Illustré”. Il serait plausible et crédible, en fait. Il y a des gens, il faut vraiment que leur nom soit crédible par l’identité. Donc c’est comme ça que j’ai fait ce livre, et comme on avait déjà sorti 7 ou 8 éditions, mon éditeur m’a dit “On va changer le titre. On le reprendra l’année prochaine, et on va mettre “Les 1001 histoires de chansons” parce qu’on pourra amener un sang neuf; ça c’est un truc purement marketing.

RCA : Oui, puisqu’il y a eu, en tout, une cinquantaine d’ouvrages sur la chanson française, et justement on voulait savoir comment vous vous renouvelez entre chaque bouquin.

Fabien Lecœuvre : Et bien parce que la chanson française se renouvelle aussi ! Heureusement d’ailleurs !

RCA : Bonne réponse !

Fabien Lecœuvre : Non mais c’est une bonne question, en même temps ! J’écris pas tout le temps la même chose et j’ai la chance de côtoyer beaucoup les artistes de part mes fonctions en radio et en télévision, et donc fatalement, eux-mêmes racontent des anecdotes, des choses. Alors, je fais des compléments sur des histoires, sur des anecdotes, sur des carrières qui avancent aussi, avec le temps. Malheureusement, au milieu, il y a des gens qui disparaissent. Par exemple, pour Patrick Sébastien, mardi dernier, dans la loge, on faisait un point. On a fait 13 ans “Les Années Bonheur” sur France 2. En 13 ans on a eu 27 chanteurs qui sont morts. C’est énorme ! Vous vous rendez compte ? Parce qu’on ne se rend pas compte que le temps avance ! Mais quand on dit “Le temps avance” c’est formidable, parce que les gens grandissent, mais y’a des gens qui meurent aussi au milieu malheureusement. Alors, effectivement, il y a des gens importants qui sont morts, de Jean Ferrat à Patrick Topaloff, en passant par Eric Charden, Guy Béart, Richard Anthony, Michel Delpech…des gens qui ont marqué…les Bonney M, les Animals…des gens importants selon la génération. Et donc tout ça fait en sorte que, et bien voilà, on fait des livres une fois que les chanteurs disparaissent etc, de Aznavour à Johnny Hallyday, et j’en passe. Donc voilà, après c’est un positionnement. Je vais vous raconter, peut-être pour vous faire rire, c’est que les gens meurent le week-end. Alors ça, je suis très ennuyé, parce que c’est au moment où je pars en week-end, moi, avec ma femme, donc c’est à dire que je pars – j’ai une propriété en Normandie, moi, parce que je suis à côté de Paris, je suis à 200 kilomètres, j’ai une maison – et c’est au moment où je pars qu’on m’appelle, alors soit les BFM TV, CNEWS, LCI ou France 2 ou TF1, puisque comme chacun sait j’ai commenté la cérémonie des obsèques de Johnny Hallyday sur TF1 et ceux d’Aznavour aussi. Tout le monde meurt le week-end alors à chaque fois c’est au moment où je m’en vais chez moi que, badaboum, coup de fil d’un journaliste ou du directeur des informations qui me dit “Tu peux venir là, il y a Michel Delpech qui vient de mourir tu peux venir dire un mot ?”, “Tu peux venir s’il te plaît parce que Charles Aznavour vient de nous quitter”. Alors maintenant je regarde, les chanteurs qui ont plus de 80 ans, ils sont à peu près encore une cinquantaine en France. Quand je dis 80 ans, je parle des 80 ans et plus. Les 90 ans c’est Line Renaud, c’est Régine c’est Hugues Aufray, la liste est longue.

RCA : Hugues Aufray a plus de 90 ans ?

Fabien Lecœuvre : Oui, il aura 90 ans cet année au mois d’août. Les 80 ans sont nombreux. Il y en a presque qui sont à 100 ans encore. Après ceux qui ont entre 65 et 75 ans ils sont 250. Donc je vais avoir tous mes prochains week-end pourris parce que je suis obligé de calculer. Alors ce que je fais : je prends la température de ceux qui vont bien et de ceux qui vont pas bien. Et puis après on a des accidents au milieu, des gens qui meurent auxquels on ne s’attendait pas. Je plaisante avec ça mais c’est une réalité. Ça paraît être souriant comme ça mais c’est vrai. Malheureusement j’ai pas le choix.

RCA : Souvent dès qu’il y a une personne qui est morte, vous êtes un peu le Jack Lang de la chanson française

Fabien Lecœuvre : C’est un peu ça. C’est à dire que je suis à la chanson ce que Stéphane Bern est aux têtes couronnées. Alors c’est-à dire-que dès qu’il y a un mort chez une reine, une souveraine, l’héritier de la couronne de France, on fait appel à lui. D’abord parce que c’est un maître absolu. Eh bien moi c’est un peu ça. Alors je suis habitué à écrire des oraisons funèbres, des mots, résumer leur carrière sans fiches, sans papiers. J’ai tellement de mémoire et puis je les ai tellement côtoyé que je suis capable d’en parler une demi heure sans fiche. Et c’est pourquoi le directeur de l’information de TF1 m’avait demandé de faire le 9 décembre 2017 la cérémonie de la mort de Johnny aux côtés d’Anne Claire Coudray et de Jean-Pierre Pernault parce que ça a duré cinq heures les obsèques et puis que tous les gens qui montaient les marches de la Madeleine, Pernault comme Anne Claire Coudray ne pouvaient pas les reconnaître. Ils savaient pas si c’étaient des paroliers, un membre de la famille, un copain de Johnny, un biker, un auteur, c’est très compliqué. Heureusement que j’étais là quelque part pour eux. Parce que c’est long les obsèques et puis il fallait meubler, faut raconter des anecdotes. J’avais tellement d’histoires. J’avais fait 7 livres du vivant de Johnny, sur Johnny, déjà donc c’était facile pour moi de trouver des choses un peu fantastiques. Et puis pareil pour Aznavour parce qu’il faut meubler. Il y a tout un cérémonial quand c’est diffusé à la télévision : on a pas le droit de parler pendant la sonnerie aux morts, pendant la Marseillaise, pendant que le président parle ou pendant qu’un membre de la famille raconte une anecdote… C’est très structuré. On a un écran devant soi en studio. On doit calculer nos histoires. Et pour Aznavour pour vous raconter une anecdote : il a eu une cérémonie officielle dans la cour des Invalides à Paris. Tout cela c’était retransmis sur les chaînes de télé et au moment où le président Macron se recueille devant la dépouille mortelle de Charles Aznavour devant la cour des Invalides, après la sonnerie aux morts, il se recueille et après il rejoint l’estrade pour faire un discours sur Charles Aznavour. J’avais pas calculé assez la longueur de la cour des Invalides, soit le président Macron ne marche pas assez vite soit moi je dois prendre plus de temps pour raconter mes histoires. Donc j’en pouvais plus et j’ai raconté cette histoire de Charles Aznavour que lui-même avait raconté. Quand il avait 11 ans et qu’il avait interprété Henry IV sur scène on lui avait teinté les cheveux roux et ça l’avait marqué quand il était enfant. Il jouait d’ailleurs aux côtés d’Yvonne Printemps qui était une star dans les années 38/40. Et donc je racontais toutes ces histoires et heureusement, parce que je regardais le président Macron qui marchait et je me disais « Faut qu’il accélère le pas ». J’avais pas la distance dans ma tête de la cour des Invalides et à partir de là c’était quelque chose. Donc anecdote : la prochaine fois que je vois le président je lui dirais : “Marchez plus vite parce que pendant que vous marchez moi je fais des commentaires”. Et puis alors je trouvais que je n’avais plus rien à raconter.

Ce que je peux dire à ceux qui nous écoutent c’est que je suis professeur de communication depuis 26 ans maintenant. J’enseigne à l’ESJ à Tolbiac à Paris. C’est formidable parce que dans les masters ce sont des élèves extrêmement brillants. Ce sont des étudiants privilégiés, d’abord parce que c’est une vocation. Quand on est journaliste c’est une vocation au départ, c’est comme médecin c’est comme acteur, on ne peut pas faire ce métier sans une vocation première à mon sens. J’ai beaucoup de plaisir à enseigner et j’apprends moi-même beaucoup au contact des élèves, des étudiants et c’est riche d’enseignements aussi pour les professeurs très souvent et j’ai beaucoup de plaisir à transmettre un enseignement , une histoire et une expérience, humblement et à ma manière. On a un vrai échange et c’est une super école pour ceux qui veulent un jour faire ce merveilleux métier que sont les journalistes.

Retrouvez Fabien Lecœuvre dans son dernier livre “1001 histoires secrètes de chansons” aux éditions du Rocher.

La rédaction

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