Hamburger

Hamburger, un Polaroïd gastronomique. Partie 2/2 (suite de la partie 1/2, disponible ici).

Rien ne saura jamais remplacer le O’Carnell’s burger, dont la recette a disparu juste après mon passage. J’ai encore une douleur en évoquant cet épisode qui changea complètement ma vision de la nourriture rapide. On était en 2008, je venais tout juste de commencer ma carrière. Au volant de ma voiture aussi noire que le ciel hivernal, j’avais une faim de loup. Je devais rejoindre une bourgade proche de Salt Lake City, pout y goûter une association de goût qui s’avéra au final quelconque. Cette nuit là, je voulais manger autre chose qu’un hamburger. Je commençais à en avoir assez et voulais essayer autre chose, pour voir. Lorsque je suis entré dans cette ville minuscule, je n’ai trouvé qu’un seul restaurant ouvert à 23h.  Ce restaurant, c’était le O’Carnell, un bar à ambiance irlandaise qui ne proposait qu’un seul type de cuisine. A grand regret, je dus me résoudre à commander un sandwich au bacon, mon ventre me suppliant de le soulager. Le cuisinier m’apporta une assiette garnie de potatoes huileuses et un bol de sauce barbecue, séparés par une chose aussi énorme que sublime. Devant moi se tenait le sandwich parfait : sur une tranche à la circularité parfaite reposait une feuille de salade fraîche, quelques rondelles de tomates et une tranche de cheddar à peine coulante. Au dessus, la bête devait peser dans les 200 grammes, et soutenait une autre portion de fromage, deux morceaux de bacon croustillants séparant la masse protéinée du calcium aux acides gras saturés. Comme un chapeau superbe, un pain aux graines de sésame parfaites fermait la parenthèse enchantée de ce qui reste aujourd’hui la chose la plus divine qu’il m’est été donné de manger. Je notais l’adresse de ce pub, la main tremblante, et sortais rejoindre ma voiture, tirant sur ma cigarette avec frénésie, me demandant si je venais de vivre un rêve, si j’allais me réveiller. Comme dans un mauvais cauchemar, une nouvelle vint anéantir mes espoirs : en ouvrant le journal de Salt Lake le lendemain matin, j’ai appris qu’un incendie accidentel avait causé la mort de trois personnes dans une ville toute proche. A partir de ce moment là, l’usure ne pouvait que prendre le dessus sur mon entrain à trouver mieux.

Ce 1er Janvier 2010, je marchais dans les rues de Melbourne, vide. Rien ne pouvait rassasier mon manque de perfection. J’étais devenu esclave de l’envie. Moi qui avais toujours vécu pour les hamburgers, voilà que je ne savais plus quoi faire, arrivé au bout de ma quête du goût absolu. J’avais testé des centaines, des milliers de créations. Qu’est-ce qu’il me restait de tout ça ? Rien, si ce n’est le souvenir d’un temps où j’arrivais à prendre du plaisir dans un Burger King. Lorsque je me suis réveillé à Londres le 5 Janvier 2010, j’ai eu une idée en prenant mon petit déjeuner. Puisque j’avais fait le tour de la question, il ne me restait plus qu’à passer à autre chose. En buvant mon café, je fis monter le journal. Il était question d’une école hôtelière unique en Europe. Celle-ci proposait une filière insolite pour les gastronomes: une formation d’architecte d’hamburgers. L’appellation était singulière, mais n’était pour autant pas si éloignée de la réalité. Un créateur de burger est une sorte de designer, qui modèle la forme de son produit sur des critères qui lui sont propres.

Si je vous écris tout ça, monsieur le directeur, c’est pour vous communiquer ma passion. Il y a quelques mois, une annonce est tombée dans ma boîte mail. Vous recherchez des professeurs, et je pense avoir toutes les qualités requises pour ce travail dans votre école d’Hambourg. Si vous acceptez ma requête, je suis prêt à quitter sur le champ mes fonctions dans le prestigieux guide de référence que vous connaissez. En attendant d’avoir de vos nouvelles, je vous prie d’agréer, monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

Ronald M. Buster

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