Hivernales 2018 : «Quintette» de Jann Gallois. Brillant et déroutant.

   Dans le cadre de la 40ième édition du festival des Hivernales d’Avignon se déroulant du 2 février au 3 mars 2018, se tenait ce 24 février au théâtre Benoît XI, un percutant et sensible spectacle de danse réunissant cinq jeunes interprètes explorant l’union et la désunion des corps.

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Les danseurs au travail

 

   Intitulé tout simplement «Quintette», cette œuvre est une création de Jann Gallois, jeune chorégraphe et interprète récompensée par des prix internationaux. Cinq danseurs de Hip hop contemporain Maria Fonseca, Erik Lobelius, Amaury Réot, Aura Watcher et Jann Gallois de la compagnie BurnOut, se retrouvent alors pour une chorégraphie énergique d’une heure en son et en lumière.

   Habillés de noir et pieds nus, ils se positionnent au milieu de la scène, éclairés par une vive lumière. Plutôt inattendu, une dispute éclate et les voix excédées se mêlent les unes aux autres. Dans sa note d’intention, Jann Gallois veut montrer la difficulté des êtres humains à vivre en cohésion et donc la désunion de corps en période de crise. Elle instaure un rapprochement avec les tensions politiques et sociales qui traversent les sociétés et qui divisent le corps social et l’intimité des hommes. Alors la question se pose «Pourquoi les gens s’unissent-ils et se désunissent-ils sans cesse ?»

 La musique, très monotone et aux sonorités d’électro et de classique, monte en crescendo pendant que les corps se mettent à bouger de manière saccadée dans un rythme répétitif. Une robotisation des mouvements se met en place et nous prend aux tripes pendant qu’on fixe ce mirage tendant à ralentir petit à petit pour laisser place à un calme absolu. Mais une seconde discordance surgit, traduite par des cris, des gestes bruts et par des corps qui s’échappent d’un désespoir pour venir occuper toute la scène. Des artistes en constant dépassement d’eux-mêmes qui viennent frôler les limites du chaos.

  Dans la seconde partie du spectacle, la musique est trans-hypnotique mais tend à se fluidifier et l’union des artistes prend place. Un tempo élevé et une harmonie d’instruments à cordes qui promettent une composition intense et vibrante, maintenant les corps en plénitude. Les mouvements sont doux, captivants et évoluent dans le flux musical. L’atmosphère visuelle se tamise et les corps se touchent, se rejettent et se soutiennent comme pour traduire la confiance et la solidarité humaine. «De quelle(s) façon(s) un corps peut-il être traversé par la simple présence d’autres corps ? Un individu par la présence des autres ?» nous invite Jann Gallois à méditer. (Cliquez sur ce lien pour en savoir encore plus!)

Assise sur mon fauteuil, je perçois les vibrations des basses dans mes jambes pendant qu’une union totale se crée entre les corps physiques. Ils finissent par bouger dans un même temps et dans une même onde. Des figures de Hip Hop acrobatiques au ralenti et synchronisées par un souffle commun créent un lien avec le public.

Jann Gallois nous fait comprendre visuellement que les relations humaines sont soumises à des variations d’unions et de désunions des corps et des peuples traduisant la force et la faiblesse de l’homme. «Quintette» pousse à croire en soi et à se donner la force de se joindre à l’autre. Un solide concept sur les gestes, les émotions et les communions mais sans jamais perdre l’art de la danse.

 

Edith GRANON

La rédaction

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