Hivernales 2019: Des spectacles au (à) poil!

Dans le cadre de la 41ième édition du festival des Hivernales d’Avignon qui se tenait du 30 janvier au 16 février 2019, Radio Campus vous présente ses impressions sur un corpus de trois spectacles, ayant comme point commun la particularité de mettre en avant le corps et la danse de manière séductrice, voire très sexualisée.

 

I-clit de Mercedes Dassy

En 2018, Mercedes Dassy crée le spectacle i-clit qu’elle présente à la 41ième édition des Hivernales d’Avignon au Théâtre des Doms un certain 14 février 2019. Pendant que les amoureux se réunissaient pour une soirée romantique, nous Radio Campus Avignon étions à la rencontre de Mercedes Dassy pour 45 min de scène et apprécier un manifeste sur l’objet sexuel.

Danseuse et chorégraphe, Mercedes Dassy est née en 1990 et se passionne déjà déjà pour la danse, la performance, le théâtre et la vidéo. Depuis 2013, elle livre un solo sensuel, I-clit, qui dénonce le dynamisme actuel ultra sexualisé et médiatisé : le féminisme. Portrait chorégraphique sur le désir féminin et la question du corps féminin, Mercedes Dassy explore le corps pour ne servir quelque autre intérêt sauf peut-être celui de l’art.

Un objet de mode qui touche les générations, sur du Beyonce et du Véronique Sanson, l’interprète de 27 ans illustre l’érotisme et l’intelligence comme un état de faits. Invitant le spectateur à la voir comme un “sujet” plus qu’un “objet”, c’est avec humour qu’elle fait danser ses seins et joue avec ses fesses sans même tomber dans la provocation.  

Mercedes Dassy signe alors une pièce énergétique, à l’égard de l’amour, de la tolérance et du désir.

Des gens qui dansent de NaÏF Production

Le spectacle commence avec la prise de parole d’un des 5 danseurs s’adressant au public, sans accroche et avec une telle maladresse que l’on se demande si ça ne serait pas “le type qui demande d’éteindre les téléphones au début du spectacle”. Le concept d’ouverture du spectacle est alors repensé, avec un rapport différent à l’espace qui distance la scène et donc les danseurs des spectateurs. Ce n’est pas ici le seul rapport repensé, du moins pas le principal: la maladresse orale évoquée dans ce début de commentaire faisait vous l’aurez compris partie du spectacle, qui nous fera nous interroger sur la langue ou plutôt les langages. Ceux qu’on exprime par le verbe et ceux que l’on exprime par le corps, la danse.

Repenser et se questionner, peut-être est-ce se mettre à nu, émettre des théories, montrer sa vulnérabilité et prendre des risques? C’est en tout cas en cela que Des gens qui dansent répond pour RCA à cette thématique qu’ils proposent. D’abord par ce monologue d’ouverture du danseur qui parle, beaucoup, qui use des mots pour au final ne plus les maîtriser et s’embrouiller verbalement. Le corps propose une réponse à cela: le passage d’un langage à un autre, avec celui des mots à celui de la danse quand ce que l’on ressent dépasse parfois la force ou les termes des mots, qui nous limitent et parfois nous contraignent, quand le corps est le seul maître de lui-même.

Mais le spectacle ne donne pas que une perspective d’utilisation du langage corporel qui ne se limite pas à cette libération individuelle: il illustre aussi celui-ci quand il réussit à réunir au mieux ce qui nous lie… Notamment par une danse que la compagnie appelle elle-même “batarde”, qui est vive, se mélange et prend corps grâce au collectif, mais aussi par les acrobaties présentes qui nécessitent confiance envers les autres.

La notion de séduction est subtile bien que présente, mais plusieurs faits indiquent que rien n’a été pensé au hasard. Les danseurs sont tous masculins: comment expliquerions-nous en réponse négative, l’absence de femmes dans cette thématique pourtant unisexe? Les corps sculptés sont aussi dénudés à un moment de leurs vêtements (mis à part les dessous) et exposés, touchés, commentés comme tels, c’est à dire comme des corps ayant la fonction de séduire (fait de la vie quotidienne que vise à dépeindre ce spectacle), sans qu’ils ne soient pris pour l’outil de danse ou élément anatomique.

Furia de Lia Rodrigues

“Furia”, c’était le titre parfait. Il nous donne un premier indice sur le spectacle, porté par des danseurs issus de la favela de Maré au Brésil, où la chorégraphe crée ses spectacles, dont Furia, pour dénoncer la situation socio-politique et la violence que peuvent vivre au quotidien les humains vivant dans ce pays. Une violence devenue tellement banale et incorporée aux gens eux-mêmes, quI la ressentent et transforment en colère, une colère tellement intense qu’elle finit par consumer et toucher le corps, ce qu’il y a de plus intime. Une colère dans ce spectacle engagé qui se manifeste par le procédé d’utilisation de la nudité. Nudité partout, omniprésente, parfois choquante… Elle n’est en effet pas utilisée dans un but de sublimation du corps mais pour agresser à son tour les agresseurs; brute, les sexes de tous les genres sont montrés visiblement, d’une manière très crue et équivoque. Tant que l’on en vient parfois à se questionner sur la pertinence de son utilisation dans le spectacle. C’était parfois trop.

Mais si l’on estime que “trop” est également l’adjectif qui convient à ce qui est dénoncé dans le spectacle, peut-être que l’excessivité et le non-sens sont les critères de réussite et de légitimité de celui-ci. La nudité, associée (mais pas que) au domaine du sexe dans cette oeuvre pourra aussi être perçue comme l’énergie vitale, primaire, presque bestiale qui anime les danseurs et comme le moteur de cette véritable furie et rébellion présente sur scène. En effet, les visages (au nombre de neuf) et les corps sont expressifs, la musique tambourinante oppressante et répétitive occupe l’espace, l’endurance des danseurs pouvant être qualifiée de remarquable… Les éléments sont nombreux.

Cependant, si vous êtes un profane au niveau de la danse ou du Brésil, ce spectacle vous paraîtra probablement long et…ennuyeux. Les gens tous nus et les nombreuses gesticulations ne vous seront peut être pas suffisants, car la danse n’y est pas exécutée comme les représentations qui peuvent vous en être faites. A aller donc voir pour constater l’énergie, les aboutissants finaux et s’en imprégner plus que pour espérer passer un moment agréable.

 

Edith Granon et Emilie Grasso

La rédaction

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