« Il est interdit de sortir mais pas de fuir ! »

Si le confinement est déjà difficile pour une grande partie de la population, pour d’autres, c’est un véritable piège. Les violences conjugales s’accroissent en période de crise et surtout de confinement. Il n’y a rien de romanesque, on ne tue pas par amour, on est simplement meurtrier.

Un état des lieux alarmant

 

Pour contrer la propagation du Covid-19, le confinement est instauré depuis maintenant trois semaines. La ministre de l’égalité femme-homme, Marlène Schiappa, a confirmé le 29 mars dernier que la Préfecture de police de Paris avait recensé une augmentation de 36 % de ces violences. En revanche, les appels du 3919, numéro d’écoute et d’aide aux victime ont baissé à 100 appels journaliers contre 400 habituellement. Cette baisse est dû à l’impossibilité des victimes de pouvoir appeler en présence de leur agresseur. Les enfants au sein d’un foyer violent peuvent être affectés psychologiquement voir physiquement. Les établissement scolaires fermés ne peuvent plus faire la médiation avec les familles.

 

Rappelons les chiffres effroyables du gouvernement: 219 000 femmes sont victimes de violences conjugales par an et seulement 19 % déposent une plainte. On observe donc un véritable décalage entre les recensements recueillis par la police et le réel nombre de victimes. En effet, quand la porte se ferme, on ne sait pas ce qui se passe à l’intérieur des appartements… Si l’on parle particulièrement des femmes c’est que d’après les chiffres de 2017, sur les 125 faits d’homicide, 109 victimes sont des femmes, soit 87,2 %. Sur les 16 meurtres où les victimes étaient des hommes, 11 femmes avaient subi des violences de la part de leur partenaire avant de passer à l’acte.

 

Les femmes meurent d’un processus plus grand, elles meurent sous les coups d’une société patriarcale. Contrairement aux hommes, ce ne sont pas des faits isolés.

 

État, association, citoyen.ne : quels moyens mis en place ?

 

Que fait l’État en cette période de confinement ? En accord avec l’Ordre national des pharmaciens, les pharmacies sont devenues des points d’aide pour les victimes, afin que les employé.e.s puissent faire appel aux forces de l’ordre. Cependant, parfois surveillées toute la journée, les victimes ne peuvent pas se rendre seules aux points d’accueil mis en place, et comme le souligne Marlène Schiapp. Seulement une partie du territoire est concernée par ce système. Depuis le 1er avril pour les personnes dans l’incapacité de sortir, il est désormais possible d’envoyer un SMS au 114 pour que les forces de l’ordre interviennent. En effet, que faire pour les victimes de violences conjugales psychologiques ? En période de confinement, il existe des cas où l’emprise de l’agresseur se manifeste par la confiscation d’attestation de leur conjointe. La crise profite aux agresseurs qui veulent isoler leur victime.

 

Mais surtout, comment ces professionnel.le.s, pharmacien.ne.s et forces de l’ordre, peuvent intervenir sans sensibilisation et formation pour la prise en charge des victimes ? Nous le savons, dans de nombreux cas, la libération de la parole est un processus complexe et parfois très long. De plus, l’expulsion de l’agresseur n’est pas systématique, et c’est malheureusement le plus souvent la victime qui doit quitter le domicile. Les centres d’hébergement d’urgence sont déjà complets à l’année et nous avons peu de visibilité sur le remplissage de ces lieux. Tout comme l’hôpital, les associations manquent de matériel pour accueillir en sécurité les victimes.

 

Plusieurs associations et initiatives citoyennes financent des nuits d’hôtel et des kits d’hygiènes. Certains propriétaires laissent à disposition leur logement vacant. Pour que leurs missions soient cohérentes, les policiers doivent faire preuve d’une grande souplesse concernant les victimes, souvent en situation d’urgence et n’ayant pas toujours l’attention adéquate. La campagne concernant les numéros et plateformes d’urgence a besoin d’une plus grande visibilité. L’assistance aux personnes en danger est une nécessité vitale.

 


17 Situation d’urgence
3919 Information, d’écoute et d’orientation pour les femmes victimes de violences
Signalement en ligne sur https://arretonslesviolences.gouv.fr/
119 Fnfance en danger
0801901911 Aide pour les personnes susceptible de passer à un acte de violences


 Lucie Castino

La rédaction

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