Intersum: la première aux Hivernales

  Radio Campus est allé voir ce mercredi 28 février la première représentation d’Intersum, une création 2018 pour la 40ème  édition des Hivernales dans leur structure (Le CDCN) non loin de notre chère université.

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Mise en scène photographique d’Intersum (à retrouver sur les affiches officielles)

  Tout d’abord, le spectacle se veut ambitieux et ouvert aux profanes: en 50 min, le chorégraphe Liam Warren signe une création avec l’intention de dépeindre ce dont nous sommes tous plus ou moins atteints; une pensée, une vie bancale face à notre condition humaine qui rend alors notre perdition possible… L.Warren signe sa note d’intention dans ce sens et indique: « Dans cette pièce, je souhaite capturer les attitudes de personnes confrontées à un obstacle pour en proposer un portrait de l’homme face à l’incertain. Plutôt que de raconter des histoires particulières et circonstancielles à ce sujet, je voulais dépeindre une sorte de comportement humain, peut être universel, face au doute, au conflit intérieur. »

  Si la danse contemporaine (d’ailleurs propre aux Hivernales) semble propice pour retranscrire ces états grâce à ses larges possibilités expressives et ses connotations modernes, elle pouvait être, ici, mise en relation avec le nouveau « mal du siècle » dont ce spectacle pourrait se targuer de parler. Elle répond ici à ses préjugés de danse « bizarre » ou « non-danse » en laissant des incompréhensions même quand nous fournissons le plus grand effort d’interprétation… La rédactrice qui vous écrit ici s’est retrouvée perplexe et parfois plus perdue que les danseurs interprétant ces âmes en plein questionnement.

  La tentative est cependant louable et appliquée, à commencer par son titre, Intersum, littéralement «être séparé par un intervalle» ou bien « être parmi ». Un terme juste qui fait résonner les tenants du projet, lorsqu’il faut cohabiter avec son propre corps, dissocié de part en part au lieu de ne faire qu’un avec soi même avant de voir notre conscience s’apaiser et s’unifier. Le choix des vêtements de scène est d’ailleurs en accord avec l’idée de se « glisser dans la peau »: une combinaison  à l’effet peau nue semblable à celle que l’on peut voir sur Vera dans l’excellent La Piel Que Habito de Pedro Almodovar recouvre le corps des trois danseurs et laisse trahir son opacité lorsque les lumières les réchauffent. On aime le fait que le corps soit recouvert, comme pour masquer son état et ses blessures mais qu’il reste tout de même visible par ses mouvements qui demandent de l’implication, comme si toute situation était dénouable par la force de nos actions.

  Sur scène, un des trois danseurs de l’œuvre (Jackson Carroll, Anna Chirescu et Patscharaporn Distakul) est couché au sol, sur la scène dès l’arrivée des spectateurs et dès le début du spectacle, qui par cette scène d’ouverture annonce une écriture bien pensée en amenant doucement le ton de ce qui va suivre. L’homme est à terre et va se relever durement, le corps désarticulé, avant de rejoindre « les autres »,  d’autres  « lui-même » qui traversent pourtant les mêmes doutes, et vont se supporter mutuellement. Leur qualité d’interprétation est bien présente et doit composer avec un escalier mobile qui est le seul décor de la pièce, escalier qui peut faire l’objet de nombreux questionnements. Son utilité me semblait un peu floue, son rôle ne paraissait pas essentiel à mes yeux pour défendre le sujet.

  Mais alors pourquoi un escalier ? L’ascension et la descente morale et physique auraient pu être illustrées mais cela ne m’a pas semblé être le cas. Après réflexion je le vois plutôt comme l’obstacle à surmonter, le frein avec quoi doivent composer les danseurs, représentation ultime de tous les maux avec lequel on devrait composer : il semble si lourd mais est pourtant déplacé dans tous les sens et habité par les corps qui l’usent et essaient de s’en accoutumer.

  La première partie du spectacle peut sembler longue, si bien que les non initiés pourraient se perdre. La musique est tel un bourdonnement qui s’incruste dans vos oreilles, étrange comme pour signifier la présence de l’escalier inconnu que l’on découvre et dont on se méfie car l’on sait qu’il est difficile à côtoyer. L’ascension de sa structure de métal et la musique font même penser au diabolique spectacle final de Stayin Alive…pour dire !

   La suite est plus dynamique et accessible, à l’instar d’une situation qui se dénoue ou d’un combat qui commence… on s’y laissera prendre à ce stade.

 

Emilie GRASSO

La rédaction

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