Le soulèvement d’Avignon pour la liberté d’expression.

La pancarte brandie vers le ciel, face au Palais des Papes d’Avignon. Liberté d’expression!

Quatre jour après l’attentat dans les locaux du célèbre journal satirique Charlie Hebdo, la France s’émeut et organise sur tout le territoire des marches solennelles. Faisant valoir l’importance de la liberté d’expression et des valeurs républicaines c’est ce dimanche 11 Janvier 2015 à 14H30 à Avignon qu’à eu lieu cette marche en mémoire de Charlie Hebdo.

Le cortège est en marche vers le Palais des Papes.

S’engouffrant en silence sur la Place de l’horloge ce sont des milliers d’Avignonais qui tapissent ; pancartes à la main pour certains, stylos pour d’autres ; les rues qui les séparent du Palais des Papes. Qu’elles soient originales ou plus connues depuis ces derniers jours, toutes les pancartes et stylos levés au ciel sont autant de voix affirmées qui se font entendre.

René Char est un Charlie aussi.

Une question ouverte.

Je suis charlie tout comme l’était ceux qui sont morts.

Un crayon HB est une arme fatale?

Les Avignonnais marchent d'une seule voix

Kalashnikocrayon.

Une Charlie dessinatrice en devenir?

Au 16èeme siècle Sébastien Castellion s’était posé la question.

“Honni soit qui mal y pense.”

Le stylo, la pancarte, la totale.

“L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne.”

Endeuillés de la perte de ceux qui participaient à rendre l’expression du peuple plus acide et virulente, satirique et platonique, ils marchent lentement, le regard fermé vers ce qui semble être une communion pour soutenir la liberté d’expression et les valeurs républicaines. A quelques moments, ils s’arrêtent. Ils crient en silence. Applaudissent la force symbolique de ce rassemblement et de ce combat pour la liberté d’expression. Puis le cortège reprend sa marche.

Une fois arrivés au palais des Papes, tous écoutent. Un charlie prend la parole et nous communique ses valeurs et celles de la république. Dénonçant l’attentat et portant en éloge les valeurs de notre société il n’en oublie pas le clin d’oeil à Cabu et au journal en terminant son discours par cette phrase : “Une liquidation le jour des soldes, fallait le faire! Pour toi Charlie!”

La place du Palais des Papes bondée.

Un Charlie libre de s’exprimer.

 

Les Avignonais, la Marseillaise et les drapeaux français.

Les drapeaux étaient présents dans les rues Avignonaises ce Dimanche.

Un autre charlie musulman est applaudi pour son discours qui se veux pacifiste et universel. Son intervention marque l’idée que le français bien typique au béret ou sans, de couleur ou décoloré, musulman ou boudhiste, petit ou gros, stupide ou intellectuel est avant tout français et participe à la richesse de notre république. Puis c’est en choeur, main dans la main, que les Avignonais présents chantent la Marseillaise et agitent les drapeaux français.

Un beau discours qui parle d’amour de l’autre.

Alors que cela aurait pu se finir ainsi, une personne prend la parole et jouit de sa liberté d’expression en demande pourquoi n’y a t-il pas plus de musulmans présents dans ce cortège, “Pourquoi n’y en a t’il pas plus?”. Sans doute s’est-elle sentie l’âme d’un chauffeur de salle au Parc des Princes ou animatrice d’un jeu télévisé en perte d’audimat. La question est iréelle. Surréaliste dans un cortège qui se veut pacifiste et républicain. Mais après tout, la liberté d’expression est ce qu’elle est pour le meilleur et pour le pire.

La réaction ne se fait pas attendre, des “Nous sommes là!” “On est des Charlie, nous aussi!” se font entendre. A côté de moi, un groupe de femmes cris à coeur ouvert : “Nous aussi on souffre.” “Je suis Charlie.” “Pas d’amalgame”. Je trouve la scène belle et oublie d’en prendre une photographie. Pas uniquement parce que la scène qui se joue devant moi prouve de la force, de la détermination et de l’engagement de ces femmes. Mais parce que s’en suit une unité dans la réaction émise. Des huées et signes de désaprobations, des regards froissés et quelques insultes visent à conspuer l’auteur de ce discours maladroit.


L’amalgame “intégristes religieux” et “musulmans” ne doit pas exister.

“Je suis juif, musulman, flic et je suis Charlie.”

“Je suis citoyen du monde”.

Le calme revient dans la foule. Le dernier discours convie la foule à prendre la main de son voisin en signe de fraternité. La scène est unique. Des milliers de mains unies se lèvent au ciel et l’on scande par-ci, par là des “Liberté, Égalité, Fraternité” avant que le rassemblement ne se dissolve.

Poings et crayons au ciel.

 Ensemble pour la liberté d’expression.

Curieux de savoir comment vivent les français d’origine musulmane face à cette période de tension, je me dirige vers le groupe de femme qui est intervenue avec véhémence pour leur poser la question.


– Radio Campus : “Comment vivez-vous cette période de tension suite à ces attentats? Est-ce que le regard des autres à votre égard à changé?”

– Militante : “Pas pour nous toutes. Mais par exemple en ce qui me concerne je le vois dans la rue ou avec certains de mes proches. Le regard est différent.”

– Radio Campus : “Je vous souhaite du courage pour la suite.”


Cette journée de rassemblement porte à question. Quelle est sa finalité? Tous les Charlie présents à cette manifestation étaient-ils dans une posture similaire, défendant les valeurs républicaines et la liberté d’expression autour d’un tragique évènement ? Les drapeaux français flottant dans les airs avaient-ils la même signification pour chacuns de leur porteurs? L’hyper-médiatisation et l’appropriation du nom de cet hebdomadaire “CharlieHebdo” par les français, par Monsanto et quelques autres entrepreneurs aux intentions floues n’est-elle pas surdimentionnée? Que restera t-il de cet élan citoyen, médiatique et économique dans un an?

Je suis Charlie. Nous sommes Charlie.

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *