Les 20 ans des Bars en Trans avec Philippe Lebreton

          Depuis maintenant 20 ans, le festival Bars en Trans fait vibrer Rennes en parallèle des Rencontres Trans’Musicales. Bars en Trans en est le prolongement légitime et fait partie intégrante de l’identité de la ville Bretonne. Et depuis 12 ans, Philippe Lebreton en est le programmateur. Chaque année, le rock, la pop, l’électro, le rap… viennent animer les bistros de la ville pour faire vivre la musique d’une toute autre manière. Au programme, les meilleures découvertes musicales dans chaque style.

Pour fêter ses 20 ans, 16 lieux différents vont être investis et une centaine de groupes vont se succéder dans le centre-ville !

Le concept ? 

P. Lebreton : Les Bars en Trans c’est un festival off au même titre que le Off d’Avignon mais dans les musiques actuelles. On est le petit frère des Trans’Musicales, on se trouve dans la même ville, à la même période. Les Bars en Trans ça a quasiment toujours existé. D’abord sous un autre nom  « Les Apéros Trans ». L’idée était de faire des concerts en parallèle du festival des Trans, qui avait lieu dans une salle à l’époque, dans les bistrots rennais. Et il y a aujourd’hui 20 ans, Bars en Trans a repris le concept et a continué d’en écrire l’histoire. Notre objectif est de présenter des groupes émergents au même titre que les groupes internationaux et français qui passent sur les scènes des  Trans’Musicales. On fait voir la scène émergente française et francophone. Bar en Trans c’est une quinzaine de lieux, des cafés concerts qui sont au centre-ville de Rennes pendant que les Trans’Musicales se passent dans des grandes salles et dans des halls. On veut faire vivre et montrer ce que sont nos bistrots, des lieux qui existent toute l’année, et leur rendre hommage à l’occasion des Trans’Musicales et de programmer la nouvelle scène française en faisant une focale sur les groupes qui sont sur scène en ce moment en France.

Exclusivement francophone ? 

P.L : Cette année, il y a le groupe « Cheena » un groupe de garage qui vient de New-York. Il existe toujours une exception qui confirme la règle. Puis, on a aussi des artistes belges comme Roméo et Elvis qui fait du rap. Tous les ans, on accueille des belges, des suisses, la scène francophone représente 80% de la programmation des Bars en Trans.

Une édition 2016 plutôt tournée vers le rock ?

P.L : On fait de tout. C’est le panel des musiques actuelles en France qui est mis en avant, on fait autant de l’électronique, que de la chanson française. On s’adapte aussi aux lieux dans lesquels on produit les concerts. Par exemple, des lieux comme le Papier Timbré vont plutôt accueillir de la chanson française, puisque c’est un lieu un peu intimiste. Le bar La Notte va être le lieu du hip-hop  puisque c’est un lieu qui accueille des DJ hip-hop, du rap et de la soul toute l’année. On fait ce qu’on sent de la nouvelle scène musicale afin de la présenter à l’occasion de Bars en Trans. Cette année il y a un peu plus de rock, car on a des lieux un plus grands comme le Kenland ou The Penny Lane Pub qui sont des pubs. Et que mettre d’autres que du rock dans des pubs ?

Les lieux ?

P.L : Chaque année, ce sont quasiment les mêmes à 80%, on travaille avec eux depuis une dizaine d’années, voir même vingt ans pour certains comme Le Chantier qui est le lieu électronique de Rennes. Cette année on est sur 16 lieux mais on a aussi des scènes d’extérieures notamment en journée. On va être présents dans des théâtres pour proposer des lectures musicales, mais également à la Piscine Saint-Georges pour proposer un DJ set Aquatique.

L’organisation des Bars en Trans ? 

P.L : Il y a des événements tous les jours qui commencent vers 16h comme le Club 1988 qui proposera des activités en journée le vendredi. Mais sinon Bars en Trans c’est plutôt le soir de 20h à minuit avec les concerts. En fonction de la capacité de chaque lieu, il va y avoir deux ou trois groupes par lieu et par session. Les artistes on les accueille comme sur un n’importe quel festival et ils font selon leur set sur scène. On leur conseille de ne pas dépasser une heure de scène mais certains vont jusqu’à 1h30, tandis que d’autres font 40 minutes. On essaye de faire le même temps de présence que sur un autre festival. Je me souviens d’un artiste qui avait fait sept retours sur scène il y a 10 ans, du coup c’était assez drôle, ils sont relativement libres.

Sélection des groupes ?

P.L : Cela fait de nombreuses années que je suis à la programmation et c’est surtout une histoire de réseau. Toute l’année je suis un peu à l’affût de ce qui arrive en étant toujours à l’écoute, en partageant avec d’autres professionnels. Dans la programmation, il y a une trentaine de groupes que j’ai vus sur scène et le reste c’est des écoutes, des coups de cœurs, de l’actualité, des connaissances et des collègues qui vont eux-mêmes partager ce qu’ils ont aimé. Moi je fais la programmation et je m’adapte aux lieux dans lesquels on programme. Et 15% de la programmation vient de la scène locale et régionale. On s’inspire de pleins de choses et on essaye de faire un truc un peu cohérent.

Une seule chance de passer sur Bars en Trans ? 

P.L : Généralement, on peut passer aux Trans l’année d’après comme avec Fishbach cette année qui était passé chez nous l’année dernière. Mais souvent, c’est un « one shoot » comme on dit. Sauf pour cette année, puisque ce sont les 20 ans, on fait revenir des artistes qui sont déjà passés par chez nous comme Oiseau Tempête ou Rocky qui était passé il y a 5 ans. Mais autrement non, on passe qu’une seule fois à Bars en Trans.

« L’idée c’est d’être un festival Tremplin, c’est dans notre ADN et notre concept. »

” Les Trans ont créé un truc à Rennes qui fait qu’aujourd’hui on s’oblige à trouver les artistes de demain parce que ça fait partie de notre histoire “

Une propulsion de carrière pour les artistes ?

P.L : Il y a des gens comme Lily Wood and the Prick qui sont passés par chez nous, plus vieux il y a eu Louise Attaque. Chaque année, on a quatre ou cinq artistes qui fonctionnent dans les années qui suivent. Généralement, les artistes qui passent chez nous ont une petite carrière scénique derrière eux car l’idée est de présenter des groupes qui font du live. C’est des espèces de paris, des fois ça match et d’autres fois ça match pas. C’est toujours une fierté de se dire qu’on a réussi à croire en eux au bon moment. Notre idée, aux Trans et nous, c’est de présenter aux Rennais un avant-gout de ce que sera la scène musicale des années qui viennent. On est assez fiers à chaque fois de montrer aux Rennais des choses en primeur. On sait qu’ils attendent ça, les Trans ont créé un truc à Rennes qui fait qu’aujourd’hui on s’oblige à trouver les artistes de demain parce que ça fait partie de notre histoire et de notre ADN.

Votre rapport avec les Rencontres Trans’musicales ? 

P.L : Au niveau artistique, je partage pas mal de choses avec Jean-Luc Brossard. Mais en effectif, nous sommes deux entités différentes. On travaille chacun de notre côté. Après nos bureaux sont quasiment à 30 mètres l’un de l’autres donc on échange beaucoup. On se voit souvent sur des scènes dans l’année. Souvent j’attends quand même que la programmation des Trans sorte pour confirmer les choses parce que j’ai cinq ou six artistes que je voulais confirmer qui partent sur les Trans’Musicales mais ça fait partie du jeu. C’est une bonne compétition.

Un format qui sonne comme un atout ?

P.L : Je ne sais pas si c’est un atout en tout cas ce qu’on aime bien sur ce festival c’est que c’est compliqué pour un groupe de jouer dans des petites salles. C’est un apprentissage pour les artistes que d’être confronté au plus près du public. Beaucoup d’artistes se souviennent de l’expérience après coup. Ils se disent que oui c’était dur car ils voyaient le public de très près. Pour certains cela relève du cauchemar mais pour d’autres c’est un super souvenir. Le truc bien sur Bars en Trans c’est que c’est une feuille blanche que l’on réécrit chaque année. Il y a une diversité de style, on peut proposer pleins de formats différents, que ce soit du côté des artistes et aussi du côté des lieux (certains très intimistes et d’autres beaucoup plus grands). C’est ça qui est plutôt intéressant, de jongler avec tout ça, avec les contraintes de technique, de lieux. C’est aussi une autre manière de travailler la musique.

Quel public ? 

” Tous les Rennais se sentent en Trans à cette période “

P.L : Il est assez diversifié, même si on est sur un public à 70% de moins de 25 ans. Certaines fois on s’oblige à faire des choses un peu « mainstream », plus adulte pour faire venir un public qui est aficionados des Trans et de Bars en Trans. Certains ont plus de 60 ans maintenant et ils veulent encore venir voir de la musique parce que ça fait partie de leur vie. Tous les Rennais se sentent en Trans à cette période. Après c’est pas simple, car il faut venir tôt dans nos lieux pour pouvoir voir les concerts car ce sont des petits lieux, mais oui, le retour est très positif. Mais par exemple, l’année dernière avec les récents attentats le public a bien compris qu’il fallait respecter certaines règles de sécurité. Donc oui, il y a toujours des contraintes un peu plus visibles qu’ailleurs. Mais en tout cas, les gens se souviennent des Bars en Trans. Il y a quelques années, j’étais aux Vieilles Charrues devant la Grande Scène et j’ai entendu des jeunes à côté de moi dire « Tu te rends compte, il y a deux ans on a vu ce groupe sur scène sur Bars en Trans ». C’est ce type de retour que j’aime bien entendre et qui fait toujours plaisir.

Coup de cœur de cette édition ? 

P.L : Je dirais qu’il faut revoir Rocky parce que c’est un groupe avec Inès, une chanteuse ultra-charismatique, et puis dans un autre style Johnny Mafia qui est un groupe de garage du Nord-Est qui est incroyable sur scène. Et puis j’adore deux artistes qui font de la chanson française, un garçon, Eddy De Pretto, qui est tout jeune et qui a des textes plutôt incroyables et puis une fille, Clara Luciani, qui, elle, passera à La Place le samedi soir qui fait de la pop des années 80.

Pour la programmation c’est ici !

Perrine Bailleul

La rédaction

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