Les chroniques de Nina

Episode #4  Que faisons-nous de ces heures-là ? {Seconde partie}

 

 

Plan du métro tiré de ratp.frDans l’épisode précédent, la bonne humeur courrait les couloirs, la joie se communiquait de rame en rame et l’on souriait tant qu’on pouvait. Mais aujourd’hui, l’heure est grave. Le soleil s’en est allé et les orages retentissent. Nos cheveux nous collent au visage et, tels des moutons ayant pris la pluie, nous nous pressons dans les couloirs où s’engouffrent un froid de canard. Loin de moi l’envie de poursuivre cette imagerie animalière et puis les rats sont bien les seuls animaux que l’on croise dans ce souterrain souvent hostile aux éclats de rire.

 

S’il est des jours où prendre le métro est un plaisir certain, il en est d’autre où l’affaire semble plus alambiquée. 

 

Vous êtes en retard. Car la base de tous ces problèmes de métro c’est bien entendu un réveil qui n’a pas sonné comme on le voudrait, une paire de chaussette mal assortie, une tasse de thé renversée ou un pass navigo égaré. Ce fameux pass, clé de vos voyages sur toutes les lignes de métro, tramway, RER et bus. Sans lui, vous n’êtes plus rien, si ce n’est un fraudeur en herbe. C’est donc sans le sésame du voyage parisien qu’il faut affronter sa journée, déjà en retard mais avec une tonne d’excuses toutes prêtes à l’emploi pour un employeur pas dupe.

 

Tandis qu’énervé l’on plonge ses mains dans ses poches en dévalant les escaliers bétonnés du métro, le pass refait surface. Les nerfs en pelote, la tension redescend d’un cran mais le signal de départ du métro est enclenché, la course prend fin devant les barrières, une larme à l’oeil en regardant celui-ci s’éloigner. La larme à l’oeil venait des infiltrations d’air dans les couloirs du métro, il ne faudrait pas trop exagérer non plus. Le tableau affiche le prochain métro dans 4 minutes. 4 longues minutes. De très longues minutes durant lesquelles un touriste vous prendra au piège pour que vous lui expliquiez comment aller au Louvre, sans jamais utiliser l’expression “tout droit” car vous ne savez plus comment la traduire en anglais. Ce même touriste se met à vous poser un tas de questions mais le métro arrive, vous fuyez. 

 

Visages déconfits et mines peu radieuses font face à l’ouverture des portes, seule, à vouloir monter dans leur rame déjà trop encombrée, ces mêmes visages vous regardent comme s’ils vous en voulaient depuis l’éternité. Vous avez finalement trouvé un micro-mètre carré pour loger dans la rame et partir en voyage avec vos compagnons dont l’humeur commence à vous atteindre. Si bien que l’embourgeoisée à la doudoune en fourrure proéminente qui commence à pousser tout le monde par peur de rater son arrêt qui n’est pas encore le prochain, éveille en vous une envie d’aboyer des impolitesses. Impolitesses que le silence effroyable des matinées ne saurait tolérer. Vous restez donc calme mais lancez un regard sombre, un brin évocateur. La rame se vide et vous continuez le voyage en vous faisant une place au soleil – entendez une place assise – à côté d’un homme qui ne sait pas qu’il faut mettre sa main devant son visage lorsqu’on éternue. Vient ensuite le groupe de scolaires qui hurle ses dernières frasques parisiennes tandis qu’un demandeur de petites pièces vous insulterait presque lorsque vous ne lui tendez pas la main. 

 

A journée forte en rebondissements pourquoi ne pas rajouter un changement à Châtelet ? Ceux qui ne l’ont jamais vécu ne peuvent comprendre la douleur d’un changement de ligne à la station Châtelet. Florent Pagny dirait que c’est “une station balnéaire où il n’y a pas la mer“, je lui répondrais que c’est une fourmilière source de galères. Et pour peu que vous ne soyez pas au rythme parfait des autres voyageurs, vous vous prendrez tous les coups d’épaules de ces mesdames et les sacoches de ces messieurs. Quoiqu’un peu malmené, le pire reste à venir lorsqu’un sans abri se met à uriner à vos côtés sur le quai, qu’un pervers vous sourit en vous fixant et tient à monter dans la même rame que vous pour qu’enfin le métro tombe en panne entre deux stations. Noir total, seuls les mobiles éclairent le wagon, le silence s’installe. Vous êtes en retard et vous le serez encore plus lorsque le chauffeur vous dira, d’une voix respirant la dépression, que le terminus est avancé au prochain arrêt. 

 

Finalement qu’avons-nous fait de ces heures-ci ? Pas grand chose, car lire un livre dans le métro reste un mythe ! 

La morale de ces voyages en métro ? Un parisien passe environ 2h dans les transports en commun par jour. 2h qu’il perd tout simplement. Alors si les parisiens courent c’est pour une bonne raison, ils courent pour essayer de rattraper des minutes précieuses afin que leur journée, qui ne compte plus que 22h, soit aussi riche que ceux dont les journées font effectivement 24h.

Lire l’épisode #3

Nina Marie Bettina

admin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *