Les Elections Québécoises vues du Québec

 

Le cynisme à l’honneur de l’élection québécoise

Première vraie belle journée douce depuis 5 ou 6 mois en ce pays du frette, de la guedille et des oreilles de cris trempés dans le sirop d’érable… comme le printemps, l’élection, c’est  pour beaucoup l’illusion du changement et de la renaissance. Le résultat est pourtant prévisible, l’hiver va continuer 4 autres années, mais on essaie de se convaincre du contraire. Le candidat pour lequel j’ai fait du bénévolat durant la campagne discourait sur l’enthousiasme que les gens de son comté avaient pour la politique.

          Contrairement à ce que les médias veulent nous montrer, les gens que je rencontre en faisant du porte-à-porte sont très réceptifs à ce qu’on dit – Clément Laberge, candidat péquiste défait dans Jean Talon.

J’avais fait des milliers d’appels pour lui, je n’allais tout de même pas le contredire devant tout le monde. Je lui aurais dit :

          De tout temps, nos élites ont été achetées, on s’est tellement fait manipuler, on s’est tellement fait fourrer ! (entuber) Et toujours pour des intérêts étrangers ! sans qu’on puisse dire un mot sur les grandes orientations du Québec ( exemple : le rapatriement de la constitution en 1982 analysé par des historiens comme un coup d’État, accord du lac Meech et de Charlottetown ! et j’en passe). Le statu quo est tellement tenace que je serais inquiet à votre place d’apercevoir le monde faire encore confiance à ce système.

Le pire c’est que je le croyais quand il disait ça. La ville de Québec – où je vis présentement –, mais aussi l’Amérique au grand complet n’a quasiment jamais vu de vraies remises en question du pouvoir. La contre-culture fait souvent parti du pouvoir. Alors, les gens croient au pouvoir, parce qu’il ne s’imagine pas autre chose. L’Amérique, c’est le royaume de l’individu. Malgré tout, un village gaulois résistait à cet envahisseur par une forme de besoin de s’émanciper collectivement qui a culminé par la volonté de rendre indépendant le Québec.

La joute politique expliquée.

Au Québec, il n’y a qu’un tour aux élections. Dans ce système, l’électeur vote pour un député qui, lui, représente un parti. Le parti qui fait élire le plus grand nombre de députés prend le pouvoir. De sorte que même si un parti reçoit 36 % du suffrage, il peut prendre le pouvoir grâce au nombre de candidats qu’il a fait élire.

Parmi la myriade de partis au Québec, (du Bloc Pot au parti nul) seuls 5 partis présentaient assez de candidats pour prendre le pouvoir. La Coalition Avenir Québec (CAQ) le Parti libéral du Québec (PLQ) Parti Québécois (PQ) Québec solidaire (QS) et Option nationale (ON). Selon la logique bipartiste du Québec et du système qui régit les élections, trois partis pouvaient jouer un rôle significatif. La (CAQ), le PLQ et le PQ. La particularité du Québec, c’est que la dichotomie gauche droite n’est pas clairement déterminée. Par exemple : le Parti québécois s’est toujours excusé d’avoir en son sein quelques membres un peu trop portés sur le capitalisme et ce qui l’accompagne. Il n’en demeure pas moins essentiellement un parti qui prône l’indépendance du Québec. L’indépendance du Québec ne peut se faire sans l’accord d’une majorité. Pour cette raison, le PQ tente toujours de ratisser large, autant à gauche qu’à droite. Ce qui ne contente pas tout le monde. De là vient l’idée de Québec Solidaire, trouvant le PQ pas assez de gauche, et d’Option National, qui trouvait le PQ pas assez indépendantiste. Un adage dit qu’à trop chasser de lièvre à la fois, on les perd tous. Cet adage s’appliquerait très bien au PQ.

Le PLQ, dirigé par Philipe Couillard était autrefois un parti considéré comme progressiste, de gauche. Du moins, il a déjà  lorgné la gauche en prônant par exemple la gratuité des études supérieures. René Lévesque, le plus grand premier ministre de tous les temps selon une majorité de Québécois, y avait débuté sa carrière de politicien. Avant de lui claquer la porte pour fonder le Parti Québécois (PQ). À partir de là, le Parti libéral du Québec (PLQ) est devenu surtout un parti fédéraliste avec pour principal objectif de s’opposer à l’indépendance du Québec.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) dirigée par François Legault est le parti qui veut briser cet affrontement fédéraliste/indépendantiste pour le ramener en un débat gauche/droite. Ça politique économique est plutôt dans la lignée des traditionnelles politiques conservatrices du Québec.

Vous savez maintenant tout ce qu’y a à savoir pour comprendre la campagne. Sauf peut-être la politique fédéral Canadienne. S’abstenant de tous commentaires, je les imagine d’ailleurs très bien, les politiciens fédéraux, s’installer avec leur pop-corn, comme devant un film, et se marrer devant l’absurdité du spectacle qu’ont offert les politiciens Québécois durant cette campagne. En résumé, la campagne en a été une de qui salirait l’autre le plus. Accusation de paradis fiscal sur un, accusation de financement illégal sur l’autre, on a même eu droit à une théorie du complot de la part d’un chroniqueur pourtant supposément respectable, jamais rien de totalement fondé. Ça volait bas. Tout aussi bas dans les médias d’opinions. Et personne n’est arrivé à s’élever au-dessus de la mêlée. Les Québécois gardent un malin plaisir à se soupçonner entre eux, au lieu de s’unir contre celui qui les manipule.

La campagne électorale : la naissance d’une super-star politique tombée dans la potion magique à sa naissance

Tous les chroniqueurs s’entendent sur une chose : un événement a tout changé  la campagne électorale. La mise en candidature péquiste du magna de la presse Québécoise Pierre Karl Péladeau(on pourrait l’appeler médiatix). Son poing levé accompagné de sa déclaration : «  Je veux faire du Québec un pays » a, contre toute attente, instantanément, fait chuter le Parti québécois dans les sondages. Pendant que sa déclaration faisait mal au parti, Péladeau, lui, restait au sommet des sondages de popularité qui n’ont aucune incidence sur le vote. Le PQ a tenté de rattraper le coup en effaçant l’indépendance de son discours, mais le mal était fait. Les accusations fusèrent de partout, allant jusqu’à le soupçonner de transformer cette élection en élection référendaire sur l’indépendance nationale… Allez comprendre ce qu’un référendum a d’épeurant… chaque peuple à sa phobie qui le caractérise j’imagine… Mais quoi qu’il en soit, les sondages ont indiqué au PQ une pente insurmontable, par la suite.

 Pour ce qui est de Pierre-Karl Péladeau (médiatix), certaines mauvaises langues l’ont d’abord comparé à Berlusconi. Il ne se présentait pourtant que comme un simple député, non comme le chef du parti ; et l’éthique discutable de ses médias n’étaient que le reflet de l’éthique des adversaires médiatiques. Bref, s’il avait été un Berlusconi dans l’âme, il se serait présenté comme premier ministre du Canada. Là où le vrai pouvoir se situe. Il n’aurait pas intégré un parti de résistant à ce pouvoir… Bref, les aléas d’un village gaulois qui se méfie de sa vedette locale.

Par la suite, Pierre Karl Péladeau (médiatix) a été irréprochable. Il a suivi les ordres de la chef, madame Pauline Marois. Il a quitté toutes ses fonctions au sein des différents conseils d’administration de ces médias. Et les chroniqueurs de ses propres médias ne l’ont pas épargnée.  Aussi bizarre que ça puisse paraître, ceux-ci ont, dans une large majorité, pris position pour la CAQ.  J’ai personnellement assisté à des événements du PQ. Péladeau en était la vedette, supplantant sa chef, la première ministre Pauline Marois. Et je peux vous jurer que rien n’était planifié. Péladeau est réellement très populaire. Bien plus populaire parmi le peuple que parmi l’élite. Pour ce qui en était de madame Marois, première femme à avoir été première ministre du Québec et qui, rappelons-le, a été, en 2012, l’objet d’un attentat lors de la soirée qui allait la couronnée, elle a été égale à elle-même. Elle  a toujours eu un peu de difficulté à soulever les passions, mais comme toujours a été très constante. Rien n’est encore décidé, mais une passation de pouvoir au sein du parti québécois vers Pierre-Karl Péladeau est à prévoir. Le dépouillage des votes allait suivre.

Le résultat.

C’est l’histoire qui se répète depuis la conquête par les Anglais. Victoire du statu quo, je veux dire du parti libéral et de son chef, Philippe Couillard. Une dégelée même, dirait-on au Québec. Ou plutôt une victoire écrasante. Un gouvernement nettement majoritaire. Ce qui signifie que les pleins pouvoirs de la province lui ont été conférés pour 4 ans.  Le parti québécois sera l’opposition officielle (opposition fantoche dans ce système). Ainsi, Pauline Marois, dit la dame de Béton, a démissionné et mis fin à une longue carrière de 33 ans de politique active. On ne peut qu’être admiratif devant pareil dévouement. Que dire de plus ? Le parti libéral c’est la continuité du parti de Jean Charest. Que dire de plus ? Un autre printemps érable ?  Et puis, avec la commission d’enquête qui se déroule présentement, ce serait pas surprenant que les nouveaux élus libéraux (champions incontestés de la corruption) se fassent mettre les menottes aux poignets durant leur mandat. Pendant que les dirigeants canadiens, eux, sont bien pires, mais, eux, n’ont pas de problème avec la justice… Le popcorn devait avoir bon goût.

Constat encore plus difficile à avaler : l’indépendance du Québec, la libération d’un peuple, devient un poids pour les partis qui s’en font les défenseurs…

Le petit village gaulois de l’Amérique s’annexe tranquillement pas vite à l’Empire romain. L’élection du centurion Couillard n’est que l’arbre qui cache la forêt enneigée de cet hiver qui n’a pas fini de finir. Et 4 ans de libéraux, c’est frette en cris !

 

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