Les Hivernales : “Nuage” de Thô Anothaï

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Comme vous le savez déjà tous, le festival des Hivernales se passe en ce moment à Avignon.
C’est dans ce cadre-là que nous nous sommes rendus, spécialement pour vous, au spectacle « Nuage » de Thô Anothaï à la maison Jean Vilar.
Thô Anothaï est un jeune Laotien qui a été découvert aux Hivernales 2014 avec son spectacle Ikoto. Il s’agissait d’un duo avec Ikko Suzuki mêlant danse traditionnelle japonaise, hip-hop et danse contemporaine. Ce jeune danseur et chorégraphe possède sa propre compagnie depuis 2009. Son nouveau spectacle « Nuage » fait sa première diffusion aux hivernales d’Avignon 2016.

C’est donc dans une petite salle de la Maison Jean Vilar, où la plus grande proximité est permise, que se dévoile ce spectacle riche en émotions et sensations. Au départ, un homme est allongé, seul, immobile et vêtu entièrement de blanc. Celui-ci se lève progressivement, lentement chacune des cellules de son corps se réveillent. Petit à petit il se met à danser, avec légèreté et fluidité semblable à un nuage mouvant, se métamorphosant au gré du vent et des intempéries pour nous renvoyer au plus profond de lui-même. La musique accompagne cet univers apaisant avec en fond sonore des bruits de gouttes d’eau. Le mouvement des mains est travaillé scrupuleusement, et la proximité partagée entre les spectateurs et la scène, nous permet de discerner les moindres détails, faits et gestes… Thô Anothaï nous a même confié que cela rajoutait du stress puisqu’il n’avait de ce fait pas le droit à l’erreur.
La nature est très présente que ce soit avec le vent, la pluie et les nuages projetés en arrière-plan.
Une barque fait ensuite son apparition. Le danseur la tire, la guide. Cette barque, c’est celle qui l’a transporté sur le fleuve du Mékong alors qu’il n’avait que 4 ans. En effet, à travers ce spectacle, Thô Anothaï a voulu retracer cet évènement marquant de sa vie, celui de sa migration vers la Thaïlande. La traversée du Mékong est douce, calme mais aussi dangereuse. A la fin du spectacle, il prononce des mots en Laotien, ce sont des mots de sa mère « Ne touche pas l’eau » car le moindre mouvement pouvait les faires repérer par les militaires. Ce spectacle s’achève par des positions de hip-hop assez violentes qui marquent son choc, sa confrontation avec la nouvelle vie qui l’attend suite à cette migration. Lors de sa migration il n’avait que 4 ans et pourtant il ressent toujours les sensations de cette séparation et de ce voyage vers l’inconnu. C’est d’ailleurs la préparation de son spectacle qui lui a permis de ne pas oublier et de se souvenir de beaucoup de détails de ce « voyage » vers l’inconnu. Pour lui « la danse c’est le corps qui parle », elle porte une grande signification. Ce spectacle c’est un hommage, il souhaite raconter quelque chose à travers sa danse, il veut partager son histoire car la migration ça a existé, ça continue et continuera d’exister ! Il comprend la douleur des migrants d’aujourd’hui et souhaite leur envoyer comme un message de soutien.
Ainsi, avec ce nouveau spectacle, Thô Anothaï nous propose d’explorer une nouvelle écriture exploitant avec délicatesse et poésie l’art du corps du danseur hip-hop. Ce mélange donne naissance à une danse «  hybride » selon lui. Par ailleurs, le titre de son spectacle « Nuage » lui est venu en observant longuement les formes et les différentes métamorphoses des nuages. Pour lui, « le nuage ça fait rêver, c’est léger » et la danse qu’il développe fait référence à cette légèreté.

Bien que la compréhension de ce spectacle ne soit pas des plus faciles pour un public novice, il est néanmoins riche en émotions. Il laisse place, pour une fois, à l’interprétation ce qui a tendance à nous déstabiliser car on ne comprend pas tout au premier regard, il faut que ça murisse, qu’on apporte une réelle réflexion.

Julie Haelvoet

La rédaction

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