L’été de mes 20 ans : Récit d’un mythe effondré

Lorsqu’on a vingt ans, on rêve de bières chaudes les pieds dans l’eau, de balades nocturnes et de corps imbibés qui s’enlacent. On rêve de s’échapper avec ses potes de fac, loin des obligations et des parents chiants, le temps d’un été.

 

Source: Pixabay.fr

 

L’été de mes vingt ans je l’avais imaginé doux et chaud, comme un sirocco qui caresse tes cheveux. Je pensais m’émerveiller des petits riens, tomber amoureuse vingt fois, m’asseoir dans l’herbe avec mon idylle du moment et observer les rayons du soleil caresser les moindres détails du grain de sa peau. Je pensais me sentir légère, me laisser porter par mes désirs, être dans une bulle éphémère que rien ni personne ne pourrait altérer.

 

« Call me by your name and I’ll call you by mine »

 

Les films sont inspirés des vies de ceux qui les créent, et nous mettons un peu de cinéma dans chacune de nos vies. J’ai établi des attentes pleines de poésie. Cette réplique entre Elio et Oliver, issue du parfait portrait d’un amour d’été tiré par Luca Guadagnino, me transporte un peu plus à chaque fois vers ce que j’imagine être l’intense été de mes vingt ans. Dans ce dernier, je suis assise à la place passager d’une voiture dont la banquette est grignotée. Lui, conduit sur les airs du premier album de Cigarettes After Sex. Ma main sort au dehors de la fenêtre et se laisse modeler par la vitesse. Il me regarde avec une infinie tendresse. J’arbore une timide sensualité, et enroule une mèche de ses cheveux entre mes doigts. Peut-être me suis-je construit cet idéal parce que j’ai récemment lu Kerouac. Ses images douces, de lumières chaudes sur le visage pensif d’un poète désespéré. Celle de Sal, enchaînant les cigarettes et regardant ses amis, un sourire mélancolique toujours posé au bout des lèvres.

 

« Parce que c’était lui, parce que c’était moi »

 

Montaigne et sa fulgurante amitié avec l’humaniste Etienne de La Boétie, c’est peut-être l’ultime exemple. Cet été, il ne sera pas.

Pas de festivals ni de concerts, pas de bars, pas de cinéma, et pas tout le monde dehors. On ne sait pas à quoi cet été ressemblera, mais il sera bien différent de tous les autres. Le mythe de la vingtaine heureuse et détachée s’est fissuré. On se rassure à coup d’inventions farfelues et de créativité passagère à outrance, mais tout a changé. Nos vies ne reprendront pas là où elles se sont arrêtées.

 

Nous nous retrouverons peut-être sur la même plage avec quelques bières, mais loin les uns des autres et chacun la sienne. Nous tomberons peut-être amoureux, mais nos lèvres ne se toucheront pas. Nous irons peut-être marcher dans la douceur de la nuit, mais chacun de nos pas sera épié.

 

L’été de mes vingt ans, c’est ça.

 

Clara Feroukh.

La rédaction

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