Mondial du Tatouage 2017 : l’heure du bilan

Il y a un mois, nous nous étions rendues au Mondial du Tatouage 2017 à Paris. Cette septième édition a bel et bien tenu ses promesses, en offrant aux visiteurs et aux tatoueurs des conditions optimales pour profiter pleinement de l’événement. Retour sur cette folle journée, riche en rencontres et rebondissements.

Après environ 3h de train et de métro, nous voilà arrivées dans le Grand Hall de la Villette. Avec l’obtention du Pass Presse, nous pénétrons dans le bâtiment, encore calme, avant l’entrée des visiteurs. Nous en profitons pour faire un premier tour des stands, afin d’échanger avec quelques-uns des 420 tatoueurs, venus des quatre coins du monde. Une fois plongées au milieu de la foule, le lieu prend une toute autre dimension. En ce samedi 4 mars, plus de 10 000 visiteurs se pressent ou flânent entre les immenses allées. Le bruit des aiguilles commence a résonner de toutes parts, et se mêle au bourdonnement de la marée humaine qui a envahi la Villette aux alentours de 12h. Les visiteurs ont la possibilité de se restaurer à l’un des nombreux foodtrucks, stationnés sous le hangar pour l’occasion.

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Mondial du Tatouage, grand hall de la Villette, crédit photo Anthony Dubois

De nombreuses animations viennent compléter ce tableau. Une exposition Fender nous laisse entrevoir des guitares customisées par les artistes, il est également possible d’en essayer quelques-unes. Une autre exposition de cerf-volants peints, de Kintaro, incite elle aussi à la rêverie.

Nous en profitons pour discuter avec les artistes tatoueurs, mais aussi avec les visiteurs. Les échanges se révèlent être extrêmement enrichissants, chacun nous fait part de son expérience avec plaisir. L’utilisation de l’anglais est obligatoire pour pouvoir communiquer dans de bonnes conditions. Certains visiteurs prennent alors place sur les tables des tatoueurs, juste sous nos yeux. Il est très agréable de pouvoir assister en direct à la réalisation de toutes ces œuvres d’art. Armées du zoom, nous avons pu recueillir les témoignages de plusieurs visiteurs, en les interrogeant sur leurs tatouages :

Qu’est-ce que le tatouage représente pour vous, à titre personnel ?

  • « C’est une manière d’améliorer un corps qu’on a déjà, c’est comme une grande toile qu’on a et qu’on peut améliorer pour se distinguer et pour raconter un peu sa vie, et/ou des événements passés ; ou pour l’esthétique et pouvoir décorer à notre manière, pour que ça traduise un peu qui on est sur notre peau.

  • Mis à part mes enfants, je pense que ça représente toute ma vie, je suis passionnée depuis toute petite, de plus c’est aussi mon boulot, et je partage ma vie avec un tatoueur, donc autant dire que 90 % de notre vie tourne autour de ça.

  • C’est un mode de vie et un état d’esprit, et une façon d’être à part, même si à priori on l’est de moins en moins vu comment ça se démocratise, mais voilà, de base c’est une passion.

Pourquoi venez-vous à des conventions comme celle-ci ?

  • Pour voir de nouveaux styles, se faire tatouer ce qui nous plaît vraiment.

  • Pour découvrir différents artistes, voir ce qui se fait dans le monde.

Pourquoi vous faîtes-vous tatouer ?

  • Par esthétisme, et parce que j’ai été baigné dedans.

  • Le côté artistique, la symbolique, le côté personnel que ça apporte, je fais ce que je veux de mon corps quoi.

D’où provient l’inspiration pour vos tatouages ?

  • Souvent cela provient de moments particuliers, le tatouage n’a pas forcément quelque chose à voir avec, mais ce sont des moments importants. Par exemple, j’en ai fait un pour un déménagement quand je suis partie vivre sur Paris, un autre lors d’un décès dans ma famille, ou des choses comme ça.

  • De base j’étais très axée sur le réalisme, mais je m’ouvre à d’autres genres, plus courants, en voyageant notamment et en assistant à des conventions, on découvre de nombreux styles.

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Guitare Fender customisée, Mondial du Tatouage 2017, crédit photo http://www.mondialdutatouage.com/expos.php

Est-ce que vous pensez que le tatouage est un phénomène de mode ?

  • Je pense clairement, avec les motifs qu’on voit très répandus maintenant, comme le symbole de l’infini, les modes qui changent tous les ans avec des nouveaux motifs tendances. Je pense que ça se démocratise beaucoup et tant mieux pour les gens qui sont beaucoup tatoués et qui du coup vont mieux « passer en société » si je puis dire. Mais après, on n’est pas encore hyper évolués, c’est encore hyper coincé au niveau des employeurs et des choses comme ça… Mais je pense que justement avec ce phénomène de mode ça va se démocratiser de plus en plus et tant mieux.

  • Il y a une part de phénomène de mode c’est sûr, c’est incontournable. On est sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de stars tatouées, il y a beaucoup de tatouages dans les pubs, donc oui l’image du tattoo a changé. Après je pense que ce n’est pas la totalité du monde du tatouage qui devient un phénomène de mode.

  • C’est dommage, il y en a pleins qui se font tatouer n’importe quoi parce que c’est joli et à la mode.

  • Oui c’est un gros phénomène de mode oui. Je trouve ça un peu dommage parce que cela perd un peu de sa symbolique.

  • Je pense qu’on exprime ses convictions à travers le tatouage, il y a une revendication, c’est fort.

Pouvez-vous nous décrire et expliquer brièvement la signification d’un de vos tatouages ?

  • Oui, celui qui est sur ma poitrine. Il représente une partie de la fresque de la chapelle Sixtine, on y voit la main de Dieu vers l’homme. Je ne suis pas croyante mais ça veut dire beaucoup de choses pour moi. La religion, c’est un peu le dernier espoir des personnes qui ont besoin de croire en quelque chose, et du coup voilà, c’était dans cette optique là, de me dire que j’ai toujours cette ressource des croyances, de religion, face aux problèmes de la vie. Par ailleurs c’est une fresque que j’aime beaucoup, donc c’est un détail que j’avais vraiment envie de me faire tatouer.

  • [Sur le torse] Mon Jésus avec un gros gun, c’est pas religieux, c’est pour dire que la religion ça nous divise et ça nous tue.

C’est une revendication ?

Oui, celui là oui. C’est pour montrer que la religion ça sert à rien. Je porte une conviction personnelle sur ma peau. »

De plus, au sein de la convention, nous avons pu réaliser une enquête sur le monde du tatouage, dont vous pouvez retrouver le lien ici

La journée se termine par l’annonce des gagnants des concours pour les catégories « meilleur large noir et gris », « meilleur large couleur » et « best of day ». Les candidats se sont succédé sur la grande scène devant le jury, les tatouages filmés en direct et projetés sur grands écrans.

Après le concours, il est déjà l’heure de partir, nous laissons avec un pincement au cœur le public parisien, qui s’apprête à accueillir sur scène les groupes Carpenter Brut et Reflections.

Nous avons pu créer des liens et partager de bons moments avec certains artistes, qui nous ont confié vouloir revenir avec plaisir l’année suivante. Voici l’interview de l’un d’eux, Stizzo, artiste tatoueur italien :

Quand et comment êtes vous rentré dans le monde du tatouage ?

J’ai commencé à travailler dans le monde du tatouage en 1999 en tant qu’apprenti. Les choses ont beaucoup changé depuis.

Qu’est-ce qui vous attire dans le tatouage ?

J’aime les traits de tatouage simples, et ce n’est pas facile [à dessiner], croyez-moi. J’aime la façon dont les gens réagissent face aux dessins. A mes dessins. J’aime les dessins simples faits avec une technique parfaite.

Pensez-vous que le tatouage soit important dans notre société aujourd’hui ? Qu’il a un impact ?

Oui. C’est une question difficile, celle-là. C’est important pour les gens qui en vivent, qui travaillent dans le monde du tatouage. D’ailleurs le tatouage dépasse ce monde là, il intègre le monde plus global, la société. C’est une mode, on en voit chez les sportifs, beaucoup de gens se font tatouer, le tatouage est partout et les gens l’aiment. Il y a juste une petite proportion de gens qui n’aiment pas.

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous voyez votre tatouage sur le corps de quelqu’un ?

C’est la meilleure émotion du monde. Vous pensez à un dessin que vous voyez dans votre tête, et après vous le voyez une fois fini. C’est parfait. Vraiment, la meilleure sensation au monde. »

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Stizzo, artiste tatoueur italien, crédit photo Karolina Amberville

Si vous aussi vous souhaitez vous faire tatouer et rencontrer des artistes, ou que vous voulez tout simplement découvrir le merveilleux monde du tatouage, foncez au prochain Mondial du Tatouage ! La huitième édition est déjà programmée, elle se tiendra au même endroit, du 9 au 11 mars, toujours sous la houlette de Tin-Tin, un des artistes tatoueurs français les plus reconnus.

Jeanne Jouan et Amélie Mercier

La rédaction

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