Moukam Fonkam ou la sagesse par la danse

hivernales

Affiche des Hivernales.

Moukam Fonkam est un des vecteurs de culture qui font la grandeur des hivernales. Derrière le chorégraphe se cache un conteur au patrimoine riche, qui sait transmettre aux plus jeunes générations des grands principes de la vie, à sa manière. Son charisme et sa manière d’aborder les choses permettent une autre approche des règles de morale, plus pragmatique. À travers les histoires et la danse, Moukam inculque des valeurs comme le respect, ou la discipline. Notre société à tendance à diaboliser ces valeurs, en leur donnant une dimension restrictive, aliénante. À l’inverse, notre chorégraphe montre la richesse de ces lignes conductrices, en en dépeignant les avantages. Au travers  de diverses situations, il enseigne aux élèves les bonnes réactions à adopter, l’attitude à avoir pour faire face au monde sans crainte. Arborer un « petit sourire qui vient du cœur », savoir se faire « plus petit que la fourmi », et poser des questions pleines de curiosité, sans aucune arrière-pensée ni moquerie. Transmettre des émotions pures, honnêtes, et vivantes, tel et la leçon que nous donne Moukam Fonkam.

            Cette manière d’échanger lui vient de son éducation. Dans un système où chaque danse correspond à une étape de la vie, à un élément du quotidien. Où ce rituel fait partie intégrante de l’existence, plus qu’un simple passe-temps, plus nécessaire qu’une passion. Que ce soient des danses élégantes, comme le Gwe-Sem de l’ouest du cameroun ou des danses guerrières comme le ben sekim, ou même le bikoutsi bitsi du centre camerounais, chaque danse traduit une nécessité, est témoin d’un environnement et d’un système de pensée. Et même si l’on ne retient pas forcément comment s’articulent et coexistent toutes ces danses, leur prolifération a quelque chose de fantastique, de stimulant, une ambiance qu’on ne retrouve pas en France, sauf quand des personnes comme Moukam Fonkam viennent témoigner. La disponibilité des enfants, leur propension à accepter ce qu’on leur offre facilite cet échange, et, ils le disent eux-mêmes, il leur reste après l’envie de revenir, impressionnés par ce qu’ils ont observés durant l’atelier.

            Mais les leçons de Moukam ne sont pas seulement destinées aux enfants, et assister à l’atelier peut bénéficier à chacun. Le danseur m’a délivré, une fois la classe repartie, un message qui lui est cher. Il explique que chaque chose n’arrive qu’une fois. Cela peut sembler évident, et cette phrase n’a pas d’intérêt si on n’en comprend pas les enjeux. Elle invite à vivre pleinement, complètement. À rester attentif à chaque instant, car chaque chose n’arrive qu’une fois, et aucun enseignement ne peut être rattrapé. Car chaque instant a son énergie, qui ne peut être que copiée par la suite. Selon ses mots «tu as beau être le meilleur dans ce que tu fais, si tu as manqué un cours, ou un enseignement, tu ne seras pas au maximum de tes capacités. Et tu ne pourras jamais l’être, car chaque chose n’arrive qu’une fois.» Il faut donc prendre conscience de la particularité d’un événement, qui a sa propre substance. Et s’ouvrir au monde qui nous entoure, à l’ensemble des espaces qui sont autour de nous, à l’image de la danse Keitin, où l’on porte un panier sur sa tête. Porter le monde, non pas comme un fardeau mais comme une couronne.

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