«Première année», loin d’être une simple promenade de santé

 Quand la violente et l’injuste réalité de l’épreuve de la première année de PACES se fraye une place sur notre grand écran, c’est avec attention que nous découvrons un monde où affrontements et amitiés se bousculent. Mêlant fiction et documentaire, «Première année» suit le parcours et le quotidien de deux étudiants en médecine que tout semble opposer.

Antoine (gauche) et Benjamin (droite) exténués par leur travail

 Thomas Lilti, médecin généraliste et réalisateur français, signe son troisième long métrage sur l’univers du médical, s’inspirant lui-même de son propre parcours d’études.

Sorti en salle le 12 septembre 2018, «Première année» met en scène Benjamin (William Lebghil), qui arrive tout droit du lycée et entame sa première année de médecine. Issu d’un père chirurgien et d’une mère universitaire, il loue une chambre de bonne à deux pas de la fac. Très performant mais indécis et indifférent à l’univers médical, il fait la rencontre d’Antoine (Vincent Lacoste), un triplant d’origine plus modeste habitant la banlieue mais absolument déterminé à devenir médecin. Dans une ambiance compétitive et chronométrée par l’arrivée du concours, les deux étudiants vont former un duo intense et touchant, rythmé par des journées de révisions et des mois de privation.

Dans ce long métrage, le réalisateur nous immerge dans la mentalité d’aplomb de ces jeunes futurs médecins à s’acharner sur la tonne de notions à connaître par cœur. Fort d’admiration envers eux, Thomas Lilti nous ouvre néanmoins les yeux sur un univers de tensions absurdes où l’apprentissage n’est plus que concurrence et où l’amitié est mise à rude épreuve. C’est par ailleurs dans un registre plutôt grave que l’on découvre un hangar glacial où se déroule le concours. Organisation militaire, silence écrasant, cadre serré sur les centaines d’étudiants alignés par colonnes, lumière crue… En bref, on nous dresse le portrait d’une filière laborieuse où les conditions sont loin d’être idéales et où la pédagogie ne laisse place à peu voire aucune vie sociale. Ensemble, Benjamin et Antoine affrontent la fatigue, la solitude et le stress, dans cette relation amicale qui figure aussi comme celle de maître/élève, qui représente le cœur du film. Les deux amis se soutiennent alors malgré des épreuves discriminantes tendant à les désunir.

D’une part, Thomas Lilti s’est efforcé de dénoncer le traitement de ces étudiants, les conditions de travail (heures d’attente, amphis bondés…) et le système éducatif complètement déshumanisé. Sans plus de logique, les étudiants doivent connaître mécaniquement leurs cours et apprendre les rituels. D’un autre côté, il met en lumière les inégalités dûes aux origines sociales. Il décrit avec précision le déterminisme social, cette difficulté à s’intégrer dans le cursus lorsque l’on a des parents désintéressés de cet univers et qui n’ont pu transmettre les codes éducatifs.

Notre réalisateur n’a donc pas besoin de réviser ses leçons; un cadrage simple mais efficace, une histoire émouvante sur une relation humaine, un Vincent Lacoste vulnérable et proie de sa vocation qui a montré sa capacité à souffrir à l’écran. On note cependant un scénario un peu trop attendu et scolaire, une intrigue peu présente ainsi qu’une progression des personnages peu visible. Le public aura néammoins de quoi s’étonner sur une fin improbable dépassant nos attentes. Plus proche de la réalité que de la fiction, c’est ainsi dire que le film devient juste et prend des allures de documentaire. Le public pourra en tout cas plonger dans la première année de PACES, un combat à s’en rendre malade…

Edith Granon

La rédaction

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