Prostithéâtre

© Carlos Salgado

 

J’exerce un métier instable.

 

Je n’ai aucune garantie que, à la fin du mois, j’aurai assez pour rembourser mes dettes. Les gens à qui j’ai emprunté une somme à plus de cinq zéros sont puissants et dangereux.

 

Nous sommes début Juillet, et je me sais déjà condamnée. La seule solution pour survivre est de balayer tout ce en quoi je crois, tous les principes qui guident ma vie et qui font qui je suis. Les politiques me détestent pour ça, ils me traquent.

 

Je suis au pied du mur.

 

Un marché parallèle existe je le sais. Ce monde parallèle est, le temps d’un été, le plus grand marché du monde : Avignon. Alors j’y suis allée.

 

Je me prostitue.

 

Cela fait plusieurs mois que j’ai préparé mon coup. Un mac me prête son local pour trois semaines. Mais pour que la clientèle afflue, il me faut, moi-même aller les aguicher. Tous les jours, je traîne dans les rues, dans les bars. Et je guette.

 

Ils sont des milliers à passer devant moi, sans même un regard ou écœurés par ma démarche.

 

Pourtant, je porte mes atours les plus clinquants, un tapage à l’œil de la tête au pied. Perruque, maquillage, robe, sourire avenant et posture maîtrisée. Il faut qu’ils accrochent, qu’ils me regardent, m’écoutent et viennent me voir.

 

Là, justement, un client potentiel s’approche.

 

Je feins l’illumination, il a mordu. Je lui dis mon prix, il semble hésitant. A son attitude, je vois qu’il n’a pas l’habitude. Ce n’est qu’un personne banale, un touriste. Il ne semble même pas conscient d’être mon gagne-pain. Mais cela suffit pour l’instant, j’en collecterai d’autres plus tard.

 

Ce que je vends, c’est mon corps et mon esprit, mon œuvre qu’est ma pièce : je suis intermittente.

 

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