Semaine de la presse//01: La désintermédiation

La Semaine de la presse et des médias dans l’école réunit depuis trente ans une réflexion partagée autour des médias et de l’information, axée selon son thème annuel. Cette année, c’est “L’information sans frontières?” qui sensibilisera les élèves de tous niveaux, avec la volonté que ceux-ci acquièrent un goût pour le sujet, tout en étant capables de le considérer de manière réfléchie et distanciée. Radio Campus Avignon s’intéresse à la question et choisit d’aborder, pour ce premier article de cette série spéciale, une problématique au cœur de l’actualité; la désintermédiation.

Quelles frontières actuelles avons-nous face à l’information? Sont-elles nécessaires, alors même que le thème de cette année suggère une réflexivité autour de celles-ci et la possibilité de l’existence d’un abolissement en cours ou à venir de ces frontières? Il soulève en tout cas un enjeu majeur: celui de l’avenir de l’information, ou plutôt de la remise en cause de sa conception. Petit tour d’horizon.

Les bases: qu’appelle-t-on information?

Les informations sont les messages qui nous parviennent de toutes parts dans notre vie quotidienne et qui peuvent être échangés dans une communication interpersonnelle; ils n’ont pas de conséquences à une autre échelle que celle de la vie privée et n’ont pas intérêt à être traités pour être connus de l’espace public. Ce qu’on appelle information, quant à elle, est différente. Pour que des informations soient information, elles doivent s’adresser à tout le monde. Par exemple, le fait que vous soyez allés voir un film ne peut constituer une information, hors, la sortie de ce film en est une. L’information implique également la notion de diffusion, puisque ce sont elles qui animent une société, voire l’organisent. On en vient par ce biais à la question de sa circulation et donc, aux médias.

Les intermédiaires de l’info

Les frontières sont dans l’idée commune des lieux où l’on confronte notre liberté de circuler et où le passage peut à tout moment se révéler difficile voire impossible.
Pourtant, l’information de nos jours ne connaît pas ou peu de problème de circulation: ses moyens d’être délivrée sont multiples et se sont accrus avec les nouvelles techniques de communication, et si elle viendrait à mal circuler, ce serait un problème de compréhension et donc de réception plutôt qu’un problème de canaux.
Les frontières liées à l’information ne concerneraient donc pas leur circulation mais autre chose…

En effet, la diffusion de l’information fait majoritairement partie d’un duo: celui de l’alliage production+diffusion, présent surtout dans les médias traditionnels dits médias de masse (presse, radio télévision…). C’est alors la question de l’identité de l’émetteur-créateur qui se pose, du “qui” produit et émet, d’où vient l’information.
Mais en quoi celle-ci pourrait constituer une frontière entre l’information et soi?

Entre l’information et celui qui la reçoit, il y a justement quelque chose qui se produit, il ne se passe pas “rien”. L’info ne nous parvient pas brute; il faudrait pour cela y avoir assisté en direct. Même lors de brèves (qui ne donnent que l’essentiel de l’info), l’information nous est rapportée et nous sommes alors obligés de croire les faits, même si “croire” n’est pas le bon mot: l’information est un métier. C’est pour cela que les journalistes existent. Nous sommes noyés au quotidien par une multitude d’informations: s’y retrouver est parfois compliqué et c’est en cela que leur travail entre en jeu. Le journaliste qui garantit déontologiquement la véracité de l’information effectue tout au travail préalable: il traite les informations, fait du tri, les vérifie, les met en forme, les contextualise et les complémente avant de les mettre à disposition et publier sur un média. Un travail qui s’avère précieux car l’information est parfois une donnée sensible (le problème des fake news le prouve) auquel la distanciation avant la diffusion est nécessaire.
Les journalistes et les médias sont donc les intermédiaires par lesquels les informations nous arrivent, avec tout ce travail journalistique de médiation de l’information effectué en amont censé être bénéfique et garant.

Une crise de l’information

Les intermédiaires que sont les médias et les journalistes sont perpétuellement accusés de manipuler les consciences et l’opinion publique. Ils sont perçus comme une frontière à l’information réelle, “nue”, qui existerait si elle n’était pas passée entre leur mains. Pourtant, le journaliste ne fait que mettre en avant une information selon un certain angle de traitement. Reprenons notre exemple de sortie d’un film: les différents articles qui sortiront à son sujet seront tous différents car l’angle choisit par le journaliste le sera lui aussi. Sur un même film, un article pourra parler de la performance des acteurs, un autre de la prise de position sociale du réalisateur tandis qu’un dernier pourra le comparer avec d’autres du même genre sortis la même année. Mais traiter de l’information avec autant de diversité mettra pour sûr en exergue les différentes croyances, opinions, avis ou encore positions sociales de ceux qui y sont confrontés.

Ces intermédiaires sont alors souvent critiqués et remis en question. On peut le constater avec cette méfiance autour des médias, voire défiance (comme par exemple avec les violences de certains Gilets Jaunes envers des rédactions, notamment celle de BFMTV). Mais sans eux, comment s’informer?

La désintermédiation en question

Avec l’apparition des nouveaux médias, de nouvelles manières de s’informer indépendantes des médias traditionnels existent. L’arrivée du web (qui fête d’ailleurs ses 30 ans cette année!) a constitué une possibilité de rétrécissement de ces frontières considérées envers l’information. Avec cette technique, tout le monde voit tout et les frontières sont limitées par cette transparence que peut offrir le web. En effet, leur vitesse de propagation est multipliée, leur abondance et leur public aussi. Mais ce n’est pas tout: leurs modalités de production et de diffusion sont aussi redéfinies. En effet, avec le web, tout le monde peut s’improviser journaliste et manier l’information. La production et la diffusion peut ainsi se faire sans intermédiaires, sans journalistes ni même médias comme le web 2.0 le permet. Avec les réseaux sociaux, les blogs, les forums, une information peut être diffusée et discutée sans qu’il n’y ait d’intermédiaires: on appelle cela la désintermédiation. L’information dans ce cadre ne connait pas de frontières. Cependant, il n’est pas sûr que ce soit pour le meilleur…

L’information sans frontières

Cette désintermédiation et l’abolissement de cette frontière de la médiation implique beaucoup d’éléments et de conséquences à prendre en compte. Cette manière de concevoir l’information voudrait dire que tout le monde est en capacité de vérifier l’info, la décrypter et dispose d’un esprit critique, ce qui est en fait loin de la réalité puisque l’éducation aux médias n’est pas encore à son paroxysme. Même si cela était acquis, il resterait les problèmes de distanciation que l’on a avec l’information à soulever, ainsi que la question de sa qualité, sans parler de l’émergence et la propagation des fakes news.

Si cette frontière de médiation vient à terme à ne plus exister, il faudra alors se pencher sur la frontière de l’esprit critique à rétablir pour la consultation d’une information. Car rappelons que si internet est un formidable outil, il peut aussi se révéler néfaste si nous ne sommes pas vigilent: il peut servir l’info comme l’inverse avec par exemple la possibilité de campagnes de désinformation ou le développement du communautarisme sur le web.


Radio Campus Avignon vous donne rendez-vous mercredi pour le second article de cette série spéciale, avec un autre angle de vue sur le thème de cette Semaine de la presse et des médias dans l’école!

Emilie Grasso

La rédaction

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