T.H.E. Dance Company – Waterbloom // As It Fades

Samedi 3 mars 2012 20h30 – Benoît XII

T.H.E Dance Company

            Tout droit venue de Singapour, T.H.E. (The Human Expression) Dance Company, dirigée par le jeune et talentueux chorégraphe Kuik Swee Boon, a présenté les pièces WaterBloom et As it Fades, pour clôturer l’édition des Hivernales. On avait lu que Singapour était riche d’un cosmopolitisme culturel favorisant l’inventivité des artistes. En effet, nous avons vécu un moment de grâce, d’une rare intensité.

            Le rideau s’ouvre et l’on prend le train en marche. On embarque dans Waterbloom. On s’accroche aux fines silhouettes des danseurs et danseuses asiatiques qui poursuivent une traversée de scène appliquée, poussés par l’éclairage latéral froid et puissant. La musique électronique aux accents métalliques répond à l’univers urbain de la scène : le sol gris semble bétonné, les tenues académiques sont grises pour les femmes et les costumes noirs pour les hommes. Dès les premiers mouvements, l’ont perçoit le lyrisme de la gestuelle féminine, et l’explosion des corps masculins. Les différentes facettes de la relation homme/femme sont dès lors explorées, de l’opposition à l’harmonie. Une danseuse se détache du groupe pour un premier solo qui donne le ton : en un seul souffle, les mouvements se succèdent droits, précis, élancés. Durant les duos, les danseurs s’envolent en une succession de portés légers. Les tableaux se suivent et les corps sont mis en lumière, sans détours, dessinant des ombres longilignes énergiques sur le sol. Passages au sol, sauts à l’impressionnante détente : sans répis, Kuik Swee Boon dévoile la prouesse technique de ses danseurs.

            À peine le temps de reprendre notre souffle et le rideau s’ouvre à nouveau sur la seconde pièce : As It Fades (to fade : effacer). Dès la première image, on croirait observer une photo d’antan : les costumes sont légers, fleuris ou rosés, couleurs passées et éclairage sépia. On pense à l’effacement, au passé, à la mémoire. Les corps vont nous raconter une histoire. Alors, dans un univers sous tension, les corps se mouvent. Dans l’urgence, le propos est servi tout en contrastes, entre suspension et ancrage dans le sol, mouvements de groupe et expression des individualités, solitude dans la promiscuité. Les solos sont dramatiques. Ils dessinent en finesse des personnalités à la gestuelle frénétique et obsédante ponctuée de monologues, cris, et bruitages répétitifs. L’impact en est viscéral. Les duos sont plus apaisés, osmotiques. On se souviendra de l’instant suspendu où l’on devine la silhouette d’un couple se découvrant du bout des doigts, sans jamais se toucher, derrière une installation faisant penser à une cascade de glace. Les danseurs font tourner avec puissance la cascade, comme un ouragan dévastateur.

L’ouragan qui efface le souvenir ? Les nuances du mouvement permettent de servir un propos subtil. Mais on ressent rapidement que les corps ne sont pas seulement porteurs d’une histoire, d’un message à transmettre. Ils sont l’émotion elle-même, intense et profonde. On en sort transporté, avec la sensation d’avoir assisté à un témoignage puissant empli tout autant de nostalgie que de modernité, et subjugué par le tissage sans faille de la dramaturgie et la performance physique des danseurs. Sublime.

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