“The Disaster Artist” : portrait d’un artiste… ou presque.

 7 mars 2018, James Franco signe un chef-d’œuvre comique et surtout dramatique sur la reconstitution de l’histoire vraie de Tommy Wiseau. Avec compassion ou avec satire, comment traiter ce funeste artiste qui réalisa l’un des plus gros nanars devenu culte des années 2000 ? Radio Campus Avignon vous révèle la réussite de ce film triomphant aux Golden Globes, qui aborde habilement l’échec d’un long-métrage Hollywoodien.

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Tommy Wiseau en personne

 Réalisé par James Franco, qui incarne d’ailleurs le personnage principal, «The Disaster Artist» raconte la véritable histoire de Tommy Wiseau lorsqu’il décida, en 2003, de produire «The Room» avec ses propres moyens. Style extravagant, mégalomane exténuant mais un homme déterminé à devenir une star, Tommy Wiseau se lie d’amitié avec Greg (Dave Franco) et tous deux se lancent au bout de leurs rêves. Le passionné, pourtant étranger au milieu du cinéma et sans savoir comment s’y prendre, finance le matériel et l’équipe technique lui même avec un budget de 6 millions de dollars. Sans savoir qui il est ni d’où il vient, il finit alors par scénariser, produire et réaliser le plus grand naufrage cinématographique du 21ième siècle paru dans les salles de cinéma.

 Le biopic met au cœur de son drame comique James Franco, délivrant une performance incroyable pour le rôle d’un personnage pathétique et naïf qui ne connaît rien du jeu d’acteur au cinéma. Au côté de James, son vrai frère, Dave Franco livre une prestation sensible et réussie et incarnant un jeune homme plutôt pied à terre et réaliste rêvant de faire carrière. Quelle facilitée pour les comédiens à bord de ce remake pourrait-on croire! Mais en réalité tourner un nanar avec des professionnels est bien plus compliqué.

 «The Disaster Artist» annonce en fait un drame déconcertant sur l’échec d’un artiste solitaire, un roi du naufrage trop excentrique, qui procure presque de l’empathie lorsqu’il se rend compte de son insuccès.  Mais le film nous montre surtout les coulisses du tournage de «The Room» dans le détail et c’est là tout le côté comique du film. Tommy Wiseau est odieux avec son équipe technique qui elle même se rebelle contre ses manières de faire. Les acteurs choisis dans un casting bâclé sont médiocres, le scénario est tiré par les cheveux, les codes du cinéma sont largement dépassés, bref. On rit de la folie démesurée de l’artiste du désastre mais aussi de son style : longs cheveux noirs tombants, allure gothique négligée, peau blanche ou encore accent polonais peu crédible. Une grande satire, offensé par son film, qui a fait tordre de rire une salle entière lors de la diffusion et qui s’est inscrit dans les films classés les plus mauvais de l’histoire du cinéma Hollywoodien.

 Mais cet homme absolument réel reste bel et bien une énigme. Personne ne connaît rien sur lui, ni son âge, ni son lieu de naissance et ni d’où il sort son argent. James Franco, à travers son long-métrage mis en abîme, voulait montrer de plus près l’ambiance inconfortable du tournage de 2003 et retranscrire l’atmosphère glauque, grotesque et émouvante. Mais ce prétendu navet a peut-être tout d’un chef-d’œuvre moderne et révolutionnaire, qui sait ? Ce n’est certainement qu’une question de point de vue ou bien vraisemblablement l’émergence d’une nouvelle ère du cinéma décalé.

Edith GRANON

La rédaction

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