The New Songs à l’AJMI

Un groupe international: (de gauche à droite) Le suédois David Stackenäs, la française Eve Rissier, la suédoise née en Ethiopie Sofia Jernberg et le norvégien Kim Myhr.

 

Présentation

 

Nous entrons dans la salle de l’AJMI où se déroulera le concert. La musique de ce groupe nous avait été décrite comme un croisement entre  musique improvisée, free jazz (si vous voulez vous familiariser avec le free jazz: http://www.avignonetudiants.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=808:du-free-du-jazz-du-freejazz&catid=34:musique&Itemid=14), musiques électro-accoustiques et concrètes,musique contemporaine, tout cela nourri de musiques du monde. Bref, rien de connu ou de familier, nous étions donc curieux de voir ce que ça allait donner. Les spectateurs sont déjà là, l’ambiance est en place. Aux murs des tentures noires colorées par des lumières rouges, des portraits de saxophonistes et un bar où l’on est servi par l’un des membres de l’association. Le plafond plutôt bas, les dominantes noires et rouges et l’atmosphère détendue qui règne parmi les spectateurs met à l’aise. Nous nous installons, un verre à la main et le spectacle peut commencer.

Les quatre musiciens sortent des coulisses et sans plus de formalités, se mettent à jouer. Nous avons Eve Risser, au piano préparé et compositrice de la moitié du répertoire. Kim Myhr à la guitare préparée et aux percussions est assis à côté de Sofia Jernberg, qui prête sa voix aux chansons et est compositrice de l’autre moitié du répertoire. À l’extrémité de la scène on trouve David Stackenäs également à la guitare préparée.

 

C’est quoi un instrument « préparé » ?

 

Un piano préparé est un piano dont le son a été altéré en plaçant divers objets  dans ses cordes. Nous avons par exemple pu voir Eve Risser placer et déplacer dans son piano les objets suivants : des petits poids avec un crochet pour les accrocher aux cordes, une boule de verre, un galet, une pince et des baguettes avec lesquelles elle tape parfois directement sur les cordes pour produire du son. Cette technique est considérée comme une technique du jeu étendu sur le piano. L’idée de modifier le timbre d’un instrument par l’utilisation des objets externes a été appliquée à d’autres instruments que le piano, par exemple à la guitare préparée.

Une guitare préparée est une guitare sur laquelle on a modifié le timbre par diverses techniques y compris en plaçant des objets entre les cordes de l’instrument. Cette pratique s’appelle parfois la guitare de table, parce que beaucoup de guitaristes ne tiennent pas l’instrument de la façon habituelle, mais placent leur instrument sur une table afin de la manipuler plus facilement. En effet, David Stackenäs a deux guitares : une sur les genoux et une devant lui sur une table. Sur cette table, autour de la guitare, lui aussi a sa petite collection : de la laine de fer, une règle, un archet et des archets électroniques (et encore, ce n’est que ce qu’on a pu distinguer!).

 

Le concert

 Toutes les lumières sont dirigées vers le groupe

Le groupe joue assis, seule la pianiste se lève de temps à autre pour déplacer des objets dans son piano. Les chansons sont longues, avec des parties très différentes, peu ou pas du tout de répétition. L’étonnement prime d’abord puis lorsque l’oreille commence à s’accommoder de ces sonorités inhabituelles, on commence à distinguer une certaine harmonie qui s’installe progressivement. Les sons seuls sont parfois discordants mais s’inscrivent dans un ensemble logique qui a du sens. La chanteuse chante comme on pourrait s’y attendre mais fait aussi des sons improbables, siffle et souffle dans le micro, bref fait une démonstration d’une grande partie du répertoire de tout ce qu’on l’on peut faire avec la voix humaine. En plus de cela, certaines phrases ne sont pas dites en une fois mais par un mot qui est répété et auquel est rajouté à chaque répétition le mot suivant, un peu comme dans la chanson « Du hast » de Rammstein (/!\ attention métal /!\) : https://www.youtube.com/watch?v=KzGKsXPBILw 

Je comprends ce que voulait dire l’auteur de d’un article sur ce groupe que j’ai lu quand il parlait de « décomposition du texte ». Toutes les chansons sont d’inspirations différentes, on le comprend grâce à la petite introduction que Sofia Jernberg fait à chaque fois. L’une d’entre elles est inspirée d’un poème sur l’atelier d’un artiste qui parle du son et de la lumière dans cet atelier. Le texte d’une autre a été écrit par un poète Sud-africain pendant l’Apartheid, alors que pour la chanson suivante, la chanteuse a demandé à tous ses amis facebook de lui envoyer des phrases commençant par « let’s » et a ainsi, en assemblant le tout de manière harmonieuse, écrit une chanson dont toutes les phrases commencent ainsi.

Contrairement à d’autres groupes où avoir le son suffit à profiter du concert, « The New Songs » sont également fascinants à regarder grâce à leur approche des instruments peu orthodoxe. D’abord le fait de voir la pianiste ne pas rester assise, comme on s’y attendrait de la part d’un pianiste, mais se lever pour placer des objets dans le piano ouvert, jouer des percussions sur les cordes et même taper le rythme sur le bâton maintenant le dessus du piano ouvert est plutôt étonnant. Les autres ne sont pas en reste : les spectateurs qui n’ont pas bronché en voyant les guitaristes sortir des archets et jouer avec, se disant, qu’après tout, même si on ne l’a jamais vu ça doit pouvoir se faire sur tous le instruments à cordes, n’ont pu s’empêcher de tiquer lorsque Kim Myhr a retourné sa guitare et s’est mis à jouer sur le dos de celle-ci !

Malgré ce que j’ai dit précédemment, le son permet quand même de se faire une idée de la chose : https://soundcloud.com/the-new-songs

Le concert, d’à peu près deux heures entrecoupées d’une pause est passé très vite et, malgré quelques sons stridents à l’archet électronique, plutôt agréablement. En effet, même si ses sonorités sont inhabituelles, cette musique a quelque chose d’apaisant qui nous donne l’impression d’avoir vu un film qui nous a fait voyager lorsque le concert se termine et que les lumières se rallument. C’est je pense, la meilleure manière pour moi de décrire ce dont nous avons été témoins ce soir la : de la musique qui fait voyager.

 

Interview avec Eve Rissier:

Nous sommes allés à la fin du spectacle à la rencontre de Eve Rissier, seule francophone du groupe, qui a eu l’amabilité de répondre à nos questions:

Radio Campus Avignon : Comment avez-vous formé votre groupe ?

Eve Rissier : Je fais partie d’un collectif de jazz, « Umlaut » dont le nom désigne tous les accents qui modifient les sons des lettres en norvégien, qui réunit de nombreux artistes européens, c’est comme ça que nous nous sommes rencontrés. En plus, j’ai toujours beaucoup aimé ce que faisaient les Suédois et les Norvégiens.

RCA: D’ou vous vient l’inspiration de vos chansons ?

E.R. : Mon inspiration première a été une visite dans le désert aux Etats-Unis. En face des Canyons et de toute cette immensité j’ai pris conscience du peu d’importance que nous avons dans le temps et l’espace en tant qu’humains et j’ai cherché à exprimer ce sentiment en musique. Ensuite, au fil du temps, j’ai moins cherché à exprimer un message plutôt qu’à transmettre des sensations. Notre musique est devenue plus corporelle, plus intuitive. Mais dans l’ensemble, je prends de l’inspiration dans la nature, la nature sous forme de paysage mais aussi la nature urbaine et humaine. La nature est un univers fascinant et riche qui m’apporte beaucoup.

Nous écrivons aussi souvent pour des personnes qui nous demandent des chansons, mais nos écrits restes tout de même très personnels.

Notre musique est très propre à nous-même, ce qui a fait qu’on a du mal à se catégoriser dans un style de musique particulier pour se présenter aux salles dans lesquelles on veut jouer. On a parfois du mal à trouver des concerts. Heureusement qu’il y a des structures comme l’AJMI qui nous accueillent dans de très bonnes condition.

RCA : Comment composez-vous vos chansons ?

E.R. : A partir de notre inspiration ou des demandes de morceaux, nous puisons les idées dans notre corps. Ensuite les morceaux n’est pas écrits totalement. Au début du groupe, nous voulions faire des chansons beaucoup plus dirigées mais au fil du temps, nous avons laissé des parties libres. Chacun de nous fait ensuite un travail personnel avec son instrument. Quand nous composons, nous donnons seulement une direction au morceau. Quand on joue ensuite, on fait comme on le sens, on ne sait pas quand les parties vont arriver c’est ça qui est intéressant.

RCA : Comment en venez-vous à utiliser des objets aussi hétéroclites ?

E.R. : D’abord, ce qui m’a amené à préparer mon piano, c’est le sentiment que des quatre paramètres de la musique (hauteur, rythme, intensité, timbre), le timbre était négligé et qu’on ne le travaillait pas assez. Je suis donc partie de sons que j’entendais à l’état naturel et j’ai cherché à les reproduire comme je pouvais dans mon piano. À force d’expérience, je sais maintenant exactement quel son va donner quel objet, mais c’est un travail long qui demande de la patience.

Lorsque nous sortons des coulisses la moitié du public est encore la et discute avec les artistes. Après avoir remercié la pianiste nous quittons la salle, sachant que nous y retournerons bientôt…

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