Thélonius et Lola

À l’occasion du mois du théâtre, Radio Campus Avignon s’est rendue à la représentation de “Thélonius et Lola” au théâtre de la Criée à Marseille, ce vendredi 10 Janvier. Créée en octobre 2019, la mise en scène de Zabou Breitman nous propose de découvrir le texte de Serge Kribus.

La metteuse en scène Zabou Breitman vient du cinéma en tant qu’actrice et réalisatrice. Parmi ses films réalisés, nous retrouvons “No et moi”, adapté du roman de Delphine de Vigan en 2010, ou plus récemment le film d’animation “Les Hirondelles de Kaboul”, sorti en 2019. À ce jour, ses talents de comédienne et de metteuse en scène lui ont valu quatre Molières.

Source : Théâtre de la Renaissance Christophe Raynaud de Lage ©

Un voyage autour de la découverte de l’altérité

“Thélonius et Lola” raconte l’histoire d’une rencontre. Une rencontre entre un chien et une petite fille de 8 ans. Thélonius, interprété par Charly Fournier, est un chien des rues, un “sans-collier”. C’est aussi un chanteur, timide de ses compositions, et c’est Lola, interprétée par Sarah Brannens, qui l’encourage à se lancer dans une carrière d’artiste. La vie de Thélonius intrigue Lola qui veut tout comprendre de celle-ci. C’est avec beaucoup d’innocence qu’elle se pose des questions sur sa vie bien différente de la sienne, comment vit-il dehors ? Qui est sa famille ? Comment parler le chien ? Dans une première partie de la pièce, c’est avec musicalité que les deux jeunes amis se découvrent mutuellement. Thélonius comprend que s’il parle chien, il maîtrise aussi le français. La bascule entre ces deux langages apporte beaucoup d’humour dans les dialogues et permet d’adoucir les passages les plus froids de la pièce. En effet, dans un second temps, la tonalité de la pièce devient un peu plus grave, lorsque les chiens “sans-collier” deviennent les bouc-émissaires de la société et sont accusés d’être facteur de la crise économique. C’est inscrit dans la loi, Thélonius doit être expulsé.

Une double lecture

Cette pièce de théâtre est largement adaptée pour un jeune public. Une grande partie des spectateurs était des jeunes enfants, voire des groupes scolaires. La sensibilité du jeu d’acteur rend la pièce bien vivante au-delà de la scène et entendre fréquemment les réactions des enfants du public enrichit notre expérience de spectateur. Pour Zabou Breitman, il n’y pas de message collé au texte, pourtant, dans l’interprétation de certains spectateurs, les “sans colliers” renvoient aux sans-papiers. Lorsque Thélonius cherche un moyen de sortir du territoire français, il déclare “Il y a beaucoup de sans colliers à Calais”. À cet instant, il est impossible de ne pas penser à la Lande de Calais, le camps de migrants et de réfugiés créé à la suite des différentes crises migratoires. Cependant, même sans ces références extérieures, la pièce permet aux plus petits d’éprouver l’injustice et l’empathie, de se poser des premières questions sur les inégalités et les différences. Autant pour la musique composée par Erik Slabiak, les touches d’humour et le rire des plus jeunes, “Thélonius et Lola” est une réussite. Entre délicatesse et amertume, la pièce grouille de questionnements pour les plus petits et les plus grands.

– Lucie C.

La rédaction

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