Un Québécois à Avignon #1 : un mercredi à 3h du mat’

Pont d'Avignon

Décalage dans le corps, je ne dormais pas, je suis allé marcher dehors.

Il y a Avignon le jour. Y a Avignon la nuit. Y a Avignon sans étudiant.

Honnêtement et pour être poli, les insomniaques doivent préférer New York.

Mais comme je ne suis pas obligé d’être poli, moi qui croyais que Moncton  (ville où j’étudie au Canada) était la ville d’une quantité de population similaire (aux environs de cent milles) la plus morte après minuit… Et là, on me dit : «  c’est les vacances étudiantes, c’est mercredi, c’est une petite ville. » Mais plus mort que Moncton en pareille situation, j’aurais jamais cru ! Au moins à Moncton le dépanneur est ouvert 24 h sur 24, 7 jours sur 7… dépanneurs qu’on dirait ouvert en grande partie pour les immigrants… les Français inclus. Cela dit, je ne suis pas déçu, mais alors là, pas du tout! Alors, en ce mercredi, 3h du matin, y avait pas un chat !… ou non, attendez, beaucoup de chats, mais pas d’humain. Au beau milieu de cette nuit bien éclairée à l’intérieur des remparts : rien d’ouvert, rien ni personne.

À trois heures du matin, sortie de nulle part, une vieille madame seule me salut poliment – « c’est vraiment une ville de merde » chuchote-t-elle. Je me retourne. Elle démarre la discussion.

Vous êtes d’ici? Connaissez-vous la ville? Je voudrais pas que mon opinion vous influence… vous devez découvrir la ville par vous-même,  qu’elle me demande…

Je viens du Canada, plus précisément du Québec. Ça fait trois jours que je suis ici.

« Ha ! Dieu soit loué, c’est une chance de vous rencontrer…  y a des Québécois que j’ai rencontrés y a peu de temps au festival de théâtre ici, ils avaient tout compris !… ils disaient, après seulement quelques jours vécus à Avignon, une chose tout à fait juste ; ils avaient compris vite qu’Avignon n’est  pas une belle ville pour y résider toute l’année…  que c’est une ville de passage, voilà tout. »

Note pour moi-même : Je hais les Québécois…

Elle rajoute de nouveau : c’est une chance de vous rencontrer. Je relisais justement du courrier de ma parenté qui vit à la frontière qui sépare le Canada des États-Unis. Du côté des États-Unis. 

        Proche du Québec ? Que je lui demande.

Je crois qu’elle ne savait pas trop situer le Québec… Elle finit par me dire que non, ce n’était pas proche du Québec. Y a des Ours proches de chez vous… y a des Indiens au Canada n’est-ce pas?

        Un peu

        Tu as déjà vu des ours?

        Oui, j’en ai déjà vu, que je réponds.

        Une maman ourse ? Des bébés ?

        Oui. Une maman, mais non… pas les bébés.

        Alors comment est-ce que tu as su que c’était une maman ?

       Pas bête finalement. Quand il y a une maman ourse, effectivement, les enfants ne sont jamais loin et vice versa.

        Souvent à la campagne, au Canada, les gens du voisinage se connaissent, vous savez. Eux, ils ont vu les enfants. Ils me l’ont confirmé que c’était une maman ourse.

Et là, je lui ai pas dit qu’ils leurs avaient tirer un tranquillisant, pour ensuite… je sais pas trop. Disons qu’elle semblait les apprécier énormément. Je n’allais pas péter sa balloune1…  sa fixation, devrais-je dire.

        C’est des mamans dignes, les mamans ourses. Elles s’occupent de leurs petits. Vous savez qu’ici en Europe les ours sont en voie de disparition?

        Non…. Mais je m’en doutais.

Message qui circulait avec un gros lettrage dans ma tête : « Heille! on les a les discussions !… c’est le plaisir à son paroxysme ! » Et bon, elle m’appréciait parce que je venais du Canada. Elle me dit que si elle avait de l’argent : deux alternatives : l’Inde, le Canada.

        Les Indiens c’est des gens croyants. Ils ne sont pas obligés d’aller à l’église, ils ont ça en eux. C’est ça que j’aurais dû faire… y rester en Inde.

J’ai rien dit. J’ai pas été obligé de le dire.

Les croyantes en général m’apprécient,  maudit !

        Je veux pas que vous vous fassiez d’idées préconçues, vous devez découvrir par vous-même… Mais vous savez qu’Avignon est une ville ouverte ?

        Oui sans doute, que je lui réponds.

        Ha vous le saviez ! Et bien ça va vous épargner bien des problèmes. Moi ça m’a pris beaucoup de temps avant de le découvrir. Si j’avais su avant… qu’elle soupire. Aujourd’hui, il laisse rentrer tout le monde dans cette ville… de toutes les races…  pas juste des petits bandits, certains ont un lourd passé en délit. Ça devient dangereux Avignon !

J’ai un don pour rencontrer les personnes bizarres, sans qu’elles se rendent compte que je les trouve bizarres.

Je me répète pour moi-même, y est 3 h du matin et rien sauf moi et une vieille dame…  Alors, danger où es-tu, petit petit petit ! Où te caches-tu ?

Au Canada parfois, à mon grand désarroi, j’avais du succès avec les croyantes… les jeunes croyantes de mon âge ! Les vieilles, elles, je le savais pas encore. Et pas celles que leur dieu c’est le matériel ou le sex appeal d’un homme, non ! Toujours celles pour qui me parler devaient être une de leurs bonnes actions pour accéder au paradis… ou quelque chose du genre ! Tout ça pour dire qu’elles m’apprécient. Hostie !2

À ton grand désarroi Turcotte ?! Cris ! t’es à Avignon le gros ! La ville des papes ! T’a couru après ! Des croyants y en a, c’est sûr ! Que tous mes amis Québécois me hurlent en cœur du plus fort qu’ils peuvent. J’en ai les oreilles qui bourdonnent. J’avais pourtant écrit les croyantes, pas les croyants !… Ici les papes c’était des croyants, et les croyants en ont rien à foutre de moi… heureusement, ils savent détecter mon attirance pour le vice… celui de les emmerder. Les croyantes, j’ai de légères difficultés à les mener à penser la même chose, du genre : « je m’en bats les couilles de ce que tu penses… » elles n’ont, en effet et logiquement, pas de couilles.

À cette madame, j’ai eu beau lui dire que j’aime pas trop le Canada anglais parce que beaucoup de gens sont rétrogrades, conservateurs…  – ce qui la caractérisait assez bien, vous en conviendrez –, elle a tout de même continué à discuter, en me disant que c’était un bonheur de me rencontrer… que c’était dieu qui l’avait mené à me rencontrer et à avoir cette merveilleuse discussion.

Sur ma pierre tombale, sera écrit : vie sexuelle limitée ; seules les croyantes rétrogrades l’ont trouvée sympathique.

Et dans le fond je les aime, les vieilles croyantes rétrogrades, elles me font découvrir un angle de la vie assez particulier… elles me font sourire. L’ironie de leur contradiction me fait rigoler. Heureusement. Disons-le ainsi : drôle à petite dose.




1Gâcher son plaisir.

2Une forme de croustille utilisée par le prêtre lors des messes représentant le corps du christ. Toutefois, au Québec, le mot est plus connu sous la forme d’un sacre, d’un mot vulgaire. L’équivalent le plus proche en France : putain ! Les sacres québécois : cris, tabarnak, joual vert, calice, ciboire, maudit, et j’en passe.

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