Un Québecois à Avignon #14 Retour vers le futur

 

Appelez-moi le Doc'Suite à leur lecture de la chronique tout le monde tout nu, mes parents m’ont appelé d’urgence, tout inquiets de voir, via mes chroniques, ma consommation effrénée d’alcool. C’est dire à quel point les mots que j’utilise semblent être prêts de la réalité…

Je tiens à préciser Lecteur : absolument rien n’a été inventé dans toutes mes chroniques avignonnaises. Mais j’ai amplifié et romancé l’extravagance de certaines anecdotes. Le seul élément qui diffère d’un journalisme traditionnel, c’est que je raconte ces faits avec mon regard et non avec celui provenant d’une démarche, d’une méthode reconnue et appliquée toujours de la même façon pour donner un semblant d’objectivité au journalisme. Vous l’aviez sans doute compris, mais je ne le répéterai jamais assez. Surtout quand certains se reconnaissent parmi les individus que je décris.

Cette chronique explique en partie la pensée derrière mes chroniques. 

Vous me direz que je suis taré de donner le mode d’emploi dans ce qui est sans doute l’une des dernières chroniques, mais malgré tous les avertissements et recommandations1 de lecteurs voulant que la priorité soit la compréhension de tous et non l’absolue compréhension de quelques-uns, j’ai toujours eu ce mauvais réflexe de faire confiance à l’intelligence des gens. J’aurais donc parfois dû les traiter tels des imbéciles de leurs aveux mêmes. En même temps, l’intelligence suprême, pour un chroniqueur, pour un pédagogue, pour tout le monde, est de rendre simple ce qui est terriblement compliqué. Tâche ardue qui montre aussi que je ne suis pas le plus futé.

Je repensais à tous mes écrits en me disant que mes chroniques auront traité de tout et de rien, surtout de rien. De rien au sujet de la police, de rien à propos d’un homme nu, de la débauche, des Français, de l’école et des femmes, surtout des femmes. Probablement, parce que, de tous les sujets, c’est mon favori. En effet, j’adore les femmes, je les trouve toutes belles, grandioses, dévouées, elles ont de la suite dans les idées, elles sentent bon, etc. etc. Tellement que je les voudrais toutes amoureuses de moi. Ce qui explique étrangement La légende de Chiante Women et La chronique sexe qui sentait la controverse à plein nez. Agréable odeur qui n’était pas sans rappeler ces femmes décrites dans les textes. Incapable d’être méchant avec elles, j’ai souvent exprimé le fond de ma pensée… Et bon, c’est le personnage, c’est l’ironie, c’est de la poésie déguisée, beaucoup se font prendre au jeu, comprennent ce qu’ils/elles veulent bien comprendre et finalement se sentent blessés. Ça sent les plates excuses, mais encore une fois lisez bien la dernière phrase de ce texte avant de les accepter avec bonheur, l’âme en paix.

Cette manière de rendre le « rien » intéressant me fait penser au génie incontesté de notre cher Pierre Foglia national1 qui se moque gentiment, parfois en étant con volontairement, de bien des Québécois toutes les semaines dans les pages du journal La Presse de Montréal. Il est probablement le meilleur chroniqueur, toute catégorie confondue, de toute la francophonie, si ce n’est pas de l’occident au grand complet dans les deux langues que j’arrive à lire… J’exagère… vous vous souvenez, je parle de tout et de rien. Et l’exagération est une façon de parler de rien, tout en captivant et en intéressant tout le monde…

Douce ironie que les textes de Foglia. Je n’ai jamais trouvé le même ton ailleurs… et en plus il est italo-français-québécois. Donc, si jamais je ne vous ai pas trop découragé de vous intéresser au Québec… les Français s’y reconnaîtront sans doute et/ou ce sera une bonne introduction à la culture québécoise.

N’allez toutefois pas lui écrire qu’un jeune blanc-bec québécois raconte du bien de lui en France, il mourrait de rire… comme moi quand j’entends certains commentaires au sujet de mes chronique. Foglia, même s’il est d’origine française, est humble en joual vert ! Tout ça pour dire qu’un français qui déménage au Québec ne peut qu’aller au bout de lui-même, au lieu d’au bout de la nuit1, et ainsi devenir une composition du meilleur des deux mondes : cultivé comme un français  et en même temps pas trop compliqué.

Je sais, dans cette chronique comme dans presque toutes les autres, je n’y ai pas été de main morte avec certains individus, avec la France, avec les femmes, dans mes commentaires… Si je vous disais que c’est ça le but, qu’est-ce que vous diriez ? Que c’est un personnage très prêt de la réalité? Que si je bouscule, il ne s’agit plus vraiment de texte à propos de rien,  que c’est un moi-même en un peu plus dévergondé ? Que vous avez déjà vu bien pire ? Vous diriez surtout que j’arrive à tromper même mes parents. Moi je dirais plutôt que c’est ça que procure le voyage. Ça change une personne pour la vie. Mais tel Foglia, je continuerai toujours à me moquer gentiment des lecteurs… de moi-même… et parfois nous aimons ça, n’est-ce pas ? D’autres fois, ils décrochent, à la manière de mes amies tchèques en réaction à cette petite boutade : remplacement de Czech lager beer  par Russian lager beer sur l’étiquette d’une bière. Je sais pas pourquoi, même si elles me connaissent bien, elles n’ont pas beaucoup ri. Ha ! Je sais pourquoi elles n’ont pas rigolé. Je l’ai pas écrit en cyrillique. J’aurais dû… putain que j’aurais dû!

La plus grande forme de mépris est l’indifférence.




1 En journalisme, la recommandation des professeurs est d’écrire pour des lecteurs âgés d’environ 10-11 ans, parce que le niveau de lecture de la population en général est de cet âge)

1 Le lien, ici, approfondit la notion et le concept du « rien. »

1 Céline, qui a écrit Voyage au bout de la nuit, est l’une des inspirations sur le plan du style de Pierre Foglia comme de bons nombres d’entre nous, sans que nous nous en rendions compte, lorsqu’on écrit des commentaires avec des onomatopées et de la ponctuation qui ajoute de l’émotion aux mots.

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