Un Québécois à Avignon #5 La communication parmi les défis de la vie à Avignon.

illustration des problèmes de communicationMa vie sociale d’étudiant en échange s’insère présentement entre deux feux… deux flammes… deux types de personnalités complètement différentes. D’un coté, les étudiants Erasmus ou en échange étudiant qui viennent d’endroits divers sur la planète, de l’autre, les Français. Du côté Erasmus, sauf pour quelques rares exceptions, je me dois de simplifier mon discours, d’utiliser un vocabulaire très épuré, sans artifice, droit au but. Le niveau de leur français peut varier énormément. Alors, c’est un sacré casse-tête de s’adapter à tout le monde. Et là je ne parlerai pas des différences culturelles, y en aurait beaucoup trop à dire. Le tourbillon de quiproquos provenant d’étudiants qui communiquent dans une langue qu’ils ne maitrisent pas totalement est à rendre fou.

Les Erasmus vont me dire que je ne suis pas obligé de faire autant d’efforts. Oui, mais 

 

 pour moi, et je l’ai constaté souvent, il est plus simple, si je veux avoir une vie sociale, de m’assurer d’être compris à l’aide d’une rigueur extrême. Par rigueur extrême, je veux signifier l’utilisation de nombreux synonymes et de nombreuses reformulations. Car souvent, il m’est arrivé de dire une chose, de commenter. La personne croyait avoir compris. Quelques jours plus tard, je me suis aperçu qu’elle n’avait pas vraiment compris. Parce que certains mots ont deux sens, parce que, parce que… Et c’est là que les quiproquos commencent. Et ça, dans tous les aspects de la vie, jour après jour… même avec les Français. Au début, ça ne dérange en rien. Après un certain temps, ça devient fatigant, épuisant.

 

 

De l’autre côté, je veux dire du côté français, je suis en mode écoute – je ne suis pas ici pour apprendre rien à personne, mais bien pour apprendre moi-même. Ces Français (les professeurs, les gens que je croise dans la rue, etc. etc.) généralement, s’expriment sans laisser de chances, en faisant parfois des références culturelles dont la compréhension semble aller de soi, mais… Et ce n’est pas un reproche, c’est tout à fait normal, mais ça explique que la lassitude me guette.

L’une des caractéristiques qui est récurrente dans l’expression française est l’art d’utiliser beaucoup de mots pour rien dire. Je plaide coupable : mes chroniques d’un Québécois à Avignon ne disent pas grand-chose avec beaucoup de mots; je m’adapte à la clientèle. Donc, d’un côté, rester simple, de l’autre, recevoir ce qui est parfois assez compliqué à mes oreilles québécoises. Pas toujours facile de recevoir du compliqué et de redistribuer du concis et du simple. L’un ayant une influence perpétuelle sur l’autre.

 

Le confort de s’exprimer sans penser à la compréhension de l’autre, et d’écouter sans toujours être obligé de m’assurer de ma propre compréhension, ne m’est plus accessible depuis plus d’un mois. Ma situation ne serait pas différente des autres étudiants étrangers, si j’avais en ma compagnie, de temps à autre, une délégation de mon pays – une permission de relaxer existerait alors. Ce n’est pas le cas, et c’est mon problème. Mais ça explique l’humeur massacrante, pas toujours compréhensible pour ceux qui m’entourent présentement, qui a caractérisé certains moments. Je ne partage pas mon expérience pour me justifier ni pour me confier dans une introspection par définition ennuyante. Je la partage, parce qu’il est à mon sens normal de percevoir des difficultés lorsque vient le temps de s’adapter à un milieu totalement étranger. Peut-être que certains d’entres vous prévoient un échange étudiant. Et bien les périodes creuses vous atteindront probablement… C’est  à ce moment que cet article sera peut-être pertinent pour vous.

Comme à l’habitude, j’avais d’abord préparé une chronique remplie de québécismes et de blagues contenant un second degré, mais voici que le pragmatisme m’a rattrapé. Moi, éternel baveux, j’ai finalement dû écrire pour mettre les choses au clair.

C’est ça aussi la vie d’un Québécois à Avignon. Retour au divertissement mercredi prochain. Enfin, je l’espère.

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