Une Statue d’intermittent

Un homme statueLes troupes ont maintenant joué leurs premières, le public est dans les rues, la ville est couverte de mille affiches : Le festival d’Avignon 2014 est lancé. Sur la place du palais des papes je reste figé. On me regarde, on m’observe, J’intrigue. Par mon costume argenté, assorti à mon teint métallique j’attrape les regards de mes spectateurs. « Maman regarde » s’écrit un enfant : «C’est un vrai monsieur ? ».


Je meurs de chaud et pourtant je reste de glace, immobile autour d’une ronde d’appareil photos venant des 4 coins du mondes. J’observe les petits passants causé : « On va être en retard ! Dépêchez-vous ! On va rater le malade imaginaire ! » ; « Je ne sais pas ce que c’est mais ils ont une belle affiche ! C’est à qu’elle heur ??? » ; «  Tiens lui je le connais ! Il ne joue pas dans cette série-là sur M7 ? » ; « Bonjour venez voir le songe d’une nuit d’été, une pièce de William Shakespeare, tous les jours à 22h au collège de la salle ». Tant de phrases que j’entends et que je réentendrais de nombreuses fois durant ce mois de juillet. Tiens, Une passante met une pièce dans mon chapeau ! Je peux enfin animer mes muscles engourdis. Très lentement j’enclenche la machinerie de mes articulations avec de petits à-coups saccadé. Mon engrenage mécanique amuse ma jolie spectatrice qui m’offre un charmant sourire que je voudrais lui rendre. Mais voilà, déjà mes mouvements se bloquent et de mes extrémités jusque à mon tronc je me fige. Car oui j’ai pour théâtre tout Avignon. Je suis le plus libre des artistes car chaque petite ruelle peut devenir mon plateau de jeu. Pas besoins d’éclairage le soleil me suffit, il fait brillait mon maquillage d’un gris miroitant. Personne ne regarde mon spectacle en entier, seulement des extraits. Mais contrairement aux autres artistes j’ai des avantages ! Pas besoins de mille affiche agglutiné sur chaque parcelle de mur : Moi je suis un propre panneau de publicité. Pas besoins d’aller chercher les gens pour venir voire mon spectacle : ils y assistent déjà. Les rayons lumineux s’apaisent et ma peau brulante est soulagé de tant d’UV que mon épais maquillage n’a sut arrêté. Mais voilà que une larme venant du ciel vient se poser sur mon avant bras. Une deuxième viens éclabousser le bout de mon nez, et seconde après seconde toutes ses soeurs tombent des nuages viennent plonger sur cette place sans ce soucier de moi. Les gens s’affolent, et s’abritent sous leurs programmes théâtrale, oubliant toute la liste de spectacle qu’ils avaient soigneusement réfléchi et minuté. La place est presque vide. Je reste seul. M’animer soudainement et courir me mettre à l’abris ? Non, non le spectacle doit continuer ! Il ne faut jamais briser l’illusion tant qu’un regard est encore sur cette place. Je suis le chef d’orchestre d’une magie dans les yeux d’enfant des passants et j’ai le devoir de garder mon rôle coute que coute. Mon nez me gratte. Des petites fourmis parcourent l’extrémité de mon roc, mon cap, de ma péninsule. Mais cette démangeaison je la connais. Et comme tous les jour la patience sera le seul antidote pour guérir ce mal qui me prend. Mais déjà la nuit se couche et tire pour moi le rideau de cette longue représentation. Doucement je m’anime et me métamorphose d’automate à simple comédien. Je ramasse le petit salaire de ma performance et rapidement je rentre ôter ce costume qui devient jour après jour une seconde peau. Moi qui ai rester immobile durant toute la journée je n’ai en tête que de retournée à cette état mais cette fois entre les doux bras de Morphée. Je vous quitte cher festivalier, et surtout n’oublié pas que dans le silence et l’immobilité un spectacle peut se cacher.

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