Une utilisation trop passive de YouTube ?

 Être Youtubeur est un métier qui se développe, et qui est idolâtré par les jeunes générations d’aujourd’hui. Mais est-ce que nous savons vraiment recevoir les vidéos telles qu’elles devraient être accueillies ?


Un réseau en pleine croissance

YouTube est un réseau de partage de vidéos de plus en plus démocratisé et accessible à tous. Pour résumer son succès naissant en quelques chiffres, 350 millions de personnes visitaient chaque mois ce site en 2009, et l’ensemble des chaînes de YouTube a atteint, en 2010, le milliard d’abonnés.
En 2017, 37.5 millions de Français vont sur YouTube chaque mois, soit 81% de la population connectée, et 8 Français sur 10, entre 16 et 24, ans vont sur YouTube au moins une fois par jour.
Grâce à ce média, de nombreux vidéastes ont acquis une forme de notoriété sur le site, et ceux-ci sont d’ailleurs admis comme des “Youtubeurs”, statut reconnu comme étant un métier pour ceux qui l’exercent, mais encore non-officialisé en tant que profession.

Une création de communauté, début de la gloire

Il y a plusieurs catégories de Youtubeurs. Certains se considèrent comme “vidéastes” car ils produisent et réalisent des vidéos avec du contenu divers, comme DirtyBiology ou Simon Puech. D’autres se disent “chroniqueurs” puisqu’ils créent de la fiction, entre autres Nexus VI. Certains se revendiquent comme étant des “influenceurs”, tels SundyJules ou Un Panda Moqueur aka Sullivan Gwed, puisqu’ils estiment avoir de l’influence sur leur communauté, soit leurs abonnés. Et enfin, d’autres se pencheront plutôt vers les jeux vidéo et se qualifieront plus simplement comme des “gamers”, par exemple Squeezie, Devovo ou Laink et Terracid.
Malgré tous ces différents noms, il est évident que chaque Youtubeur inspire sa communauté par ses références, ses conseils et l’orientation de ses vidéos. Pour donner un exemple, un gamer tentera ses abonnés avec les jeux qu’il testera, tout autant qu’un influenceur guidera sa communauté vers tels ou tels produits, ou que des vidéastes et chroniqueurs partageront leur vision du monde d’un point de vue subjectif.  C’est d’ailleurs via cette influence que certains gagnent une partie de leur salaire, en proposant parfois des contenus sponsorisés, ou des partenariats.

Un public peut-être trop passif

Un problème a été constaté avec ces effets de mode et ce phénomène de communauté autour de Youtubeur : les spectateurs qui visionnent des vidéos notamment “critiques” ne se font plus de réflexions personnelles et suivent les avis et arguments de ceux qui créent du contenu. Des Youtubeurs ont décidé de mettre en garde leur propre communauté, en disant qu’il fallait faire la distinction entre le point de vue des Youtubeurs, qui créent du contenu qui leur ressemble et qui s’allie obligatoirement à leurs opinions, à l’avis personnel que chaque personne, et donc chaque abonné, doit avoir sur un sujet.
C’est le cas de Victor, alias InThePanda, qui a récemment tourné une vidéo à propos de cette problématique. En effet, il sort une vidéo intitulée Alad’2 – CRITIQUE. Habituellement critique de cinéma sur sa chaîne, on pourrait s’attendre à ce que Victor donne son avis sur le film, mais il ne se contente pas que de ça. Dans cette vidéo, il se met en scène en train de discuter avec des amis où il réfléchit à ce que va devenir sa chaîne, car ce qu’il produit ne lui plaît et ne lui ressemble plus. Il souligne aussi que son contenu, jusque là construit sur ses arguments à lui, n’a pas été utilisé correctement par des membres de sa communauté car certains ne font qu’écouter, et ne cherchent pas à se faire leur propre opinion : “tu remets jamais en cause ce que t’entends”, “tous les jours on te dit quoi consommer, quoi penser, quoi dire”, dit-il dans sa vidéo. Il met aussi en avant l’idée que ce métier l’a changé, lui, dans sa façon de voir les choses. Avant, il disait prendre plaisir à faire ce genre de vidéo où il critique notamment des films, mais aujourd’hui il estime ne plus aimer faire ça, et même se forcer à créer ce genre de contenu pour satisfaire ses abonnés : “je déteste ce que ce boulot a fait de moi”, “InThePanda, c’est pas moi. InThePanda, c’est devenu ce truc informe que je reconnais même plus”.

La question que l’on peut se poser est : qui peut stopper cette influence trop imposante ? Les Youtubeurs sont conscients de leur impact sur leur communauté, et comme dit précédemment, ils en tirent parfois profit grâce à des échanges commerciaux. Mais peuvent-ils vraiment sortir de cette boucle ? Certains Youtubeurs, au final, ne profiteraient-ils pas de cette influence pour vendre du contenu ? Ce sujet fait débat car il est possible de se dire que c’est aux abonnés de prendre du recul sur les vidéos qu’ils visionnent, ou bien qu’il est aussi envisageable de se dire que c’est aux Youtubeurs de guider leur communauté vers un esprit plus critique et moins passif. On peut aussi adopter une vision plus optimiste si on prend en compte l’influence positive que donnent certains YouTubeurs, comme récemment Macfly et Carlito, qui ont lancé un défi écologique en demandant à leur communauté de venir les aider à nettoyer une partie de Paris pendant une journée.

Mathilde Lelong

La rédaction

One Comment

  1. Très bon article, sur un sujet très intéressant!
    Je peux compléter le propos avec un exemple: celui de mon frère qui regarde quelques vidéos sur la politique et devient immédiatement de l’opinion du vidéaste s’il l’aime bien. Au final, Internet uniformise beaucoup l’opinion des gens et beaucoup deviennent des “moutons”. C’est dommage, car c’est justement une des forces d’Internet, présenter la pluralité des points de vue par son accessibilité. C’est pour ça que je trouve ce sujet très intéressant et particulièrement légitime dans le champs des sciences sociales et de la culture.
    Bien joué à toi!

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