Vers une Europe 2.0 ?

Vers une Europe 2.0 ?Les 24 et 25 janvier derniers avait lieu une rencontre organisée par les élèves de Master 2 Stratégie du Développement Culturel mention Public de la Culture et Communication, autour du thème de l’Europe 2.0.
Dans la salle de Thèses de l’Université d’Avignon les invités se sont succédés pour échanger autour de trois axes : la génération des digital natives et participation citoyenne, les capitales européennes de la culture : valorisation des territoires et mobilisation des populations et la multiculturalité et l’identité européenne : crise et enjeux.
Interactif et dynamique, le séminaire mettait à profit le live-tweet et des visioconférences pour former une mise en abîme intéressante : le web 2.0 emplissait la salle de Thèses et mettait le public au cœur du sujet traité.

Mardi 24 janvier // Génération des digital natives et participation citoyenne.

Claire Duriez a inauguré le débat en abordant le thème de la génération des digital natives. En tant que consultante en communication digitale pour la Compagnie Européenne d’Intelligence Stratégique, elle a affirmé l’existence d’une génération qui s’exprime sur un espace social numérique. Cet espace, propre au web, existe à travers les blogs et les réseaux sociaux notamment.
Elle a poursuivi ensuite sur la notion d’intelligence collective, en prenant l’exemple des Anonymous. Ce groupe d’hacktivistes s’est fait remarquer ces derniers jours en attaquant plusieurs sites institutionnels (Maison Blanche, Hadopi) pour venger la fermeture du site de streaming MegaUpload. Elle a affirmé que ce type d’organisation basée sur l’utilisation des réseaux sociaux offre à chacun un pouvoir d’action citoyenne.

Le docteur en communication Olivier Zerbib rest plus nuancé sur ces questions. En s’appuyant sur ses recherches liées à sa thèse sur l’hybridation des formes culturelles et technologiques de l’information et de la communication, il a souligné la difficulté de parler d’une génération définie par les pratiques du numériques. D’après lui, rien ne prouve pour le moment que ces usages vont perdurer et rester spécifiques à une génération. Il a affirmé d’autre part que l’action auto-organisée sur Internet n’est qu’un fantasme. Il a réfuté l’existence d’un monde virtuel autonome, en constatant que les formes d’expression que l’on retrouve dans les réseaux sociaux sont directement issues des situations de communication réelles du monde social.

Ce point de vue est partagé par Ovidiu Tataru, chef de projet pour cafébabel.com. Soulignant que 80% de nos échanges passent par le non verbal, il a confirmé que le virtuel ne peut suffire à une action citoyenne car la présence du corps est essentielle dans la pérennisation des échanges. L’hacktivisme est pour lui une forme d’engagement spontané, qui nécessite un rapport direct et concret pour perdurer : le printemps arabe a été amplifié par les réseaux sociaux mais il n’aurait pas eu lieu sans les jeunes dans la rue.
Pour finir, l’intervenant a critiqué les pouvoirs publics européens, qui réduisent selon lui les réseaux sociaux à un effet de mode, alors qu’ils peuvent devenir un véritable outil de construction identitaire.

Tweet de @fromjeanne : une identité générationnelle ou européenne ? On peut avoir les deux non ? #Europe2point0

Mercredi 25 janvier // Capitales Européennes de la Culture : Valorisation des territoires et mobilisation des populations

Jacques Montaignac, Directeur de la Culture de la Ville d’Avignon, a introduit cette deuxième journée de débat en affirmant qu’il n’y a pas de culture détachée du territoire. Boris Grésillon, enseignant-chercheur géographe à l’Université de Provence, a confirmé que chaque expérience est unique et liée à la nature du territoire sur lequel elle prend forme. Le programme Capitales Européennes de la Culture permet alors de dynamiser un territoire en encourageant les politiques locales et en contribuant à forger une identité européenne culturelle.

Myriam Morel-Deledalle s’est attardée ensuite sur le cas de Marseille Provence 2013, et sur le flou qui entoure encore le projet à un an du lancement. Selon la Responsable de la Conservation du Patrimoine du MUCEM, cette confusion serait en partie due aux discours politiques. Elle a pris l’exemple des vœux de Nicolas Sarkozy au monde de la Culture, dans lequel le projet n’a pas été mentionné. Se pose également la question de la participation des populations. Bien que son territoire soit caractérisé par le multiculturalisme, il semble que peu de communautés soient intégrées au projet de Marseille Provence 2013.

Jacques Montaignac a fait le parallèle avec Avignon, qui fut Capitale Culturelle Européenne en 2000. Il a mis en valeur les points positifs apportés par le projet, comme la création de la Collection Lambert, musée d’art contemporain. Cette construction est la preuve que des événements à échelle européenne permettent aussi l’implantation de structures qui continuent d’exister et d’organiser la ville culturelle.

Les intervenants ont conclu en insistant sur l’importance de pérenniser l’entretien et la conservation des structures après l’événement. Ainsi on pourrait espérer un développement des transports et des habitudes culturelles dans les années qui suivront Marseille Provence 2013.

Tweet de @Chadime : Moi je veux bien boire du coca avec les jeunes du monde entier #LaVieMondialiséeEstBelle #Europe2point0

Mercredi 25 janvier // Multiculturalité et identité européenne : crise et enjeux

Salle des Thèses de l'Université d'Avignon et des Pays de VaucluseRaluca Calin a ouvert la discussion en introduisant la notion de cinéma européen : un cinéma d’art et d’essai qui rappelle les origines de l’Europe. Pour cette doctorante au laboratoire Culture et Communication de l’Université, il y a une ouverture du monde oriental sur le monde occidental qui n’est pas réciproque. Le concept de diversité culturelle est donc amené au sein de la table ronde.

Ce concept est repris par Joëlle Richetta, co-directrice de la Fabrik’théâtre et membre du centre arabo-européen d’Asilah. Selon elle, le cinéma fait découvrir l’autre. Le théâtre est porteur d’espoir, d’utopie et de démocratie, autant de notions véhiculées par les auteurs français vers d’autres pays.

Guillaume Klossa, président du Think Tank Europanova et auteur de “L’Europe, la dernière chance ?“, est revenu sur les origines du concept d’unité/diversité avec Alexandre le grand et la création de Babylone induisant l’obligation de créer une unité culturelle bien qu’il y ait des diversités culturelles. Pour lui, dans un monde complexe, la culture fait avancer les peuples. L’Europe ne doit pas être un empire mais un projet de civilisation. Il a évoqué également la création d’une Europe fédérale, qui serait un outil politique efficace pour réagir plus vite et être plus présent au niveau mondial. L’organisation d’élections transnationales permettrait également selon lui de créer une réflexion sur l’existence d’une culture européenne commune.

Roger Temprano a avancé l’idée que Mc Donald est une nouvelle conquête à l’image de la conquête gallo romaine. Il pense que le fédéralisme européen peut avoir des conséquences néfastes. Une Europe de la culture est un outil qui pourrait mener à de grands projets de construction. Nous sommes donc selon lui, à un tournant dangereux selon les actions des personnes ayant le pouvoir.

Jean Charles Massera, auteur de We are l’Europe, a entamé sa participation au débat avec la phrase “Les gens se mettent petit à petit à l’écart de la vie”. Il a introduit l’opposition entre le savant et le populaire. Il a déploré le fait que les auteurs contemporains ne soient pas traduits faute d’investissement et a mis en avant un déséquilibre des champs culturels. Pour lui, il est préférable de regarder TF1 que des productions culturelles élitistes. Il pense qu’il serait intéressant de s’approprier les outils disponibles comme la communication pour construire « autre chose » au lieu de se cantonner à une logique de repli induite par un manque de cohésion au sein de l’Europe. On assiste à une crise de la représentation de soi qui freine une identité culturelle européenne et mène à l’exclusion de certaines communautés.

Tweet de @AnaisS_D : L’europe fédérale le point de départ d’une véritable citoyenneté européenne . #Europe2point0

En conclusion du débat, le lien est fait avec l’Université qui a un rôle à jouer pour Guillaume Klossa en tant que système éducatif en ce qui concerne la sensibilisation au collectif et au territoire. Le vivre ensemble européen : utopie ou projet réel ?

Tweet de @aquentin : Il reste du vin pour l’apéro après ? #Europe2point0
 

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